Chroniques

5 décembre 2018 : Décapiter Méduse – en finir avec l’idéologie républicaine (1) par Eleuthère

7826241_249eeb44-8b38-11e8-b888-19b8baeda479-1La révolte contre la politique fiscale qui secoue actuellement la France suscite comme il est naturel beaucoup de réactions et de commentaires, plus ou moins pertinents. En-dehors des analyses sociologiques sur l’origine du mouvement des « gilets jaunes », très justes, force est de constater que l’on reste sur sa faim quant à l’analyse politique, qui n’est pas du tout à la hauteur de ce qui est en train de se jouer.

La plupart, en effet, se contentent de mettre en avant les incuries de l’actuel président et de son gouvernement et, de manière générale, la déconnexion des élites de fait qui dirigent le pays, laissant ainsi sous-entendre qu’un simple changement de politique pourrait résoudre la crise. Les plus osés vont jusqu’à parler de démission de l’Assemblée Nationale, pour de nouvelles élections instaurant une cohabitation, et seuls les “gilets jaunes“ eux-mêmes veulent celle du président lui-même. Les plus perspicaces remontent le fil des décennies en soulignant que la coupure entre les gouvernants et le peuple ne date pas d’hier, la médiocrité du personnel politique non plus : mais pour quelle solution ? Même quelqu’un d’aussi avisé que le maire de Béziers, tout en soulignant l’immense travail accompli en quelques jours par ces Français qui refusent de mourir, ne fait qu’évoquer une séance solennelle des députés à l’Assemblée pour étudier les revendications du peuple.

En vérité, c’est se moquer, ou être singulièrement aveugle. Que M. Macron doive démissionner, en emportant son gouvernement avec lui, cela nous paraît de l’ordre de  l’évidence : non seulement son incompétence et sa morgue l’ont définitivement disqualifié, non seulement l’équipe de pieds-nickelés qui l’entoure ferait presque passer les bras cassés de M. Hollande pour des virtuoses de la politique, mais en outre, et surtout, son élection a été, plus encore que les précédentes, une imposture. Que M. Macron ait été placé à l’Elysée pour exécuter l’agenda des libéraux de Bruxelles n’est même plus de l’ordre du secret de Polichinelle : c’est avoué le plus ouvertement du monde par les membres de LREM qui veulent transférer la souveraineté au niveau européen. Que celui qui a des oreilles entende, dit l’Evangile !

M. Macron doit partir, soit. M. Macron part. Qu’est-ce que cela change ? Le changement de personne n’est pas rien, certes, mais cela ne fait pas tout. Lorsqu’on souligne, à raison, les errements des hommes politiques depuis quarante ans au moins, on ne conduit le raisonnement qu’à moitié, sans se demander si, au-delà du manque de vertu de tel ou tel, il n’y aurait pas une raison structurelle à cette médiocrité chronique. On fait comme s’il n’y avait pas une structure du pouvoir, comme si les partis ne prospéraient pas sur un sol nourricier, qui n’est autre que celui de l’Etat, cet Etat qui vampirise la société et s’est développé à ses dépens de manière formidable depuis deux siècles au moins, jusqu’à étouffer le peuple. L’ironie étant que c’est au moment où cet Etat est par ailleurs affaibli par son insertion dans la mondialisation et le bateau ivre qu’est l’UE qu’il devient le plus féroce et le plus dangereux. La révolte du peuple à laquelle nous assistons, c’est celle d’une France qui meurt mais qui veut vivre. En vérité, c’est se moquer d’elle que de lui proposer seulement de suspendre des taxes et d’opérer quelques aménagements de circonstance dans la manière de gouverner.

On a fait des gorges chaudes, à droite, de la référence du président aux années 30, mais sans voir qu’il avait davantage raison qu’il ne le soupçonnait lui-même. Ce ne sont certes pas les ligues qui menacent. Mais par contre, le haut-le-cœur vis-à-vis du régime est bien là. Même s’il est vrai que ce n’est pas encore formulé ainsi par le peuple, une analyse honnête doit conduire à reconnaître que c’est le régime comme tel qui a failli et qui est rejeté. Et quand nous disons le régime, ce n’est pas seulement à la cinquième du nom que nous nous référons, mais bien à la “République française“ comme telle. Près de cent cinquante ans après son instauration, il est temps de faire un bilan du régime républicain, et ce bilan ne sera pas à son honneur. La république n’a eu de cesse depuis ses fonds baptismaux de frayer avec le scandale et la corruption. La république est depuis ses origines une oligarchie de l’argent, une ploutocratie cynique se drapant de l’idéal de la liberté pour mieux asservir le peuple français, le faisant hier massacrer sur le champ de bataille, le laissant aujourd’hui démuni face aux migrations et au dictat de l’argent en général, toujours le corrompant moralement, ce qui atteint aujourd’hui des sommets. On n’a de cesse de se moquer des “valeurs républicaines“, pure fantasmagorie vide de sens. Et avec cela, le régime qui porte ces valeurs serait sain et immaculé ?

La république, c’est Méduse, qui transforme progressivement en pierre le cœur de ceux dont elle sidère les esprits. Il est temps désormais de s’en libérer, et, en lui tournant le dos, de la décapiter spirituellement, avant de la remplacer dans les faits et les institutions.

Eleuthère

1 réflexion au sujet de “5 décembre 2018 : Décapiter Méduse – en finir avec l’idéologie républicaine (1) par Eleuthère”

  1. Commentaire: Bonjour chers inconnus,

    Tout d’abord, bravo pour votre texte « Décapiter Méduse – en finir avec l’idéologie républicaine » lu sur le Salon Beige ; c’est bien écrit et très juste.

    J’ai donc cherché à savoir qui vous étiez et les seuls noms que j’ai trouvés sont ceux d’Yvan Rioufol et Eric Zemmour et je les apprécie bien ainsi que tant d’autres qui aiment la France.

    Quant à moi, je suis du peuple et peu m’importe qu’on me dise « populiste ».

    Vous citez à juste titre cette locution latine « Labor omnia vincit improbus » dont j’ai dû chercher la traduction sur la toile, je suis du peuple, rappelez-vous… Je pense que vous auriez dû la traduite car elle est belle. Wikipedia propose : « Un travail acharné vient à bout de tout. » et indique qu’elle est de Virgile. Il aurait fallu ajouter : « … avec la grâce de Dieu. »

    Vous mentionnez aussi le « mainstream » et il vous faut cette fois non seulement le traduire mais aussi mettre 6,55957 francs français dans le cochon ! Courant dominant, principal, idées à la mode, … aurait fait l’affaire.

    « La démocratie est le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres.» disait Winston Churchill ; … dans un pays où il y avait pourtant un roi !

    En Espagne, en Belgique, aux Pays-Bas, … il y a aussi un roi et il ne sert pas à grand-chose pour le moment, sauf côté dépenses…

    Alors en France, je veux bien qu’il y ait aussi un roi à condition qu’il soit issu du peuple et que ce soit moi ! Sinon, il faudra l’élire et donc… voter.

    Meltoisan
    06 décembre 2018

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