Chroniques

Le coronavirus, symptôme d’une crise de la postmodernité

coronavirus-definitionLa France est confrontée à une situation inédite. Le coronavirus (COVID-19) se propage à une vitesse importante. Avec 4500 personnes contaminées dont plus de 300 cas graves au 15 mars, la France est passée au stade 3 de l’épidémie. Des épidémies consécutives à des virus de la famille du coronavirus ont déjà eu lieu : le SRAS en 2002-2003 avec 8000 cas recensés quand même dans 30 pays et le MERS en 2012-2013 dans 26 pays avec peu de cas (1589 cas) mais une forte létalité (30% environ). La particularité du COVID-19 est qu’il s’est répandu rapidement et sans continuité territoriale ce qui a rendu complexe sa maîtrise, sa connaissance et sa compréhension.

Le coronavirus est venu s’installer dans notre quotidien comme jamais une épidémie n’était venue s’inviter dans notre univers mental et psychologique, du moins pour nos générations.

La coronavirus signe tout d’abord le retour d’une maladie de masse. L’épidémie est la distribution aveugle du mal sans que la volonté ou les précautions ne puissent en contrôler l’évolution. Pour la grippe, nous avons le vaccin qui permet d’en prévenir les effets, pour le virus de l’immunodéficience humaine (VIH), il restait le paravent du comportement. Ici, nous retrouvons un modèle inédit d’une maladie qui selon le ministre Blanquer, devrait toucher 50 à 70% de la population, comme le fatum s’abat sur ses victimes. Cette massification de la maladie reflète la culture de masse dans laquelle l’âge industriel nous a plongés. Massés, concentrés dans des métropoles mondialisées gigantesques, l’Occident est hanté par la massification (du savoir, de la culture, des hommes, des compétences) : massifier, augmenter la taille critique revient à donner de la valeur-ajoutée. Or, le coronavirus – les autorités politiques à travers lui – nous donne l’injonction inverse : il faut s’éloigner, mettre une distance minimale entre chacun d’entre nous pour survivre. Ironiquement, le coronavirus vient défaire cette idéologie de la concentration, de la massification et cela laissera des traces dans l’approche anthropologique de la modernité .

Le coronavirus, par sa gravité, est en train de changer un certain nombre d’habitudes en particulier dans le domaine de la sociabilité et du travail. Les interactions sociales doivent être divisées par quatre pour faire ralentir l’épidémie selon les estimations de certains épidémiologistes (voir Le Figaro, 12 mars 2020, Tristan Rey). Cette obligation de raréfier les interractions sociales vient heurter le bavardage socio-entrepreneurial de la nécessaire coopération de tous avec tous, la religion des synergies de tout et n’importe quoi. La proximité, le mélange, la fusion est le sabir des relations interpersonnelles postmodernes. Le coronavirus nous oblige à la distance, nous contraint à sortir de religion vaine de l’interaction permanente. Cela pose les bases d’une démythification de l’Autre dont il faudra essayer de tirer un parti social et politique. L’homo festivus, avec la fermeture des bars, des restaurants consécutive au stade 3, perd ses lieux de prédilections et l’ouverture des seuls lieux essentiels à la survie détruit l’univers et l’environnement du divertissement si essentiel à l’homo ludens . L’homo economicus, autre pilier de la postmodernité, n’est pas en reste. Le confinement auquel nous allons devoir faire face pendant quelques semaines conduit au développement forcé du télétravail : la communauté physique traditionnelle, les lieux professionnels d’interaction se transforment en communauté virtuelle. Le travail poursuit sa dématérialisation et travailler ne se réduit plus à être présent sur son lieu de travail. L’épidémie de coronavirus sera une parenthèse mais il est évident que certaines pratiques collectives vont être modifiés marginalement peut-être ou plus fondamentalement.

Le coronavirus a ensuite heurté de plein fouet l’idéologie cartésienne et plus généralement scientiste d’une maîtrise et possession de la nature. Les maladies de masse avaient disparu en Europe, et quelque chose de l’ordre du « plus jamais ça » flottait dans l’air scientiste et optimiste de notre monde technicisé, rationalisé et prédictif. Le coronavirus nous avertit que le positivisme scientiste s’est trompé, que l’histoire technologique n’est pas linéaire, que la nature n’est en soi ni bonne ni mauvaise mais qu’elle est, et qu’elle reprend ses droits lorsque l’on croit la maîtriser. L’idéologie progressiste de rupture avec la nature, de l’homme augmenté , omnipotent par la grâce de sa raison, se heurte au mur du réel. Collectivement, on ne sortira pas idéologiquement indemne de cette expérience d’humilité.

Le coronavirus est le miroir inversé de la mondialisation. Le virus, parti de Chine et issu d’un animal, s’est étendu en Occident à l’homme, passant les frontières ouvertes. On a cru à la libre circulation des biens, des hommes, des capitaux. On ne voulait pas voir son reflet inversé. La libre circulation des dettes, des conflits et maintenant des virus. Plutôt qu’une nouveauté, il s’agit d’une prise de conscience d’un versant que nous ne voulions pas voir, la  mondialisation anxiogène et malheureuse que le coronavirus a mise en évidence. Les reproches parfois faits – y compris par des médias de gauche –  aux autorités politiques est de ne pas avoir fermé certaines frontières assez tôt signeraient-ils un retour à l’éloge de la frontière ? La frontière protège, limite, immunise même si le Président de la République jeudi 12 mars a donné un répit à la propagande mondialiste en déclarant vouloir « éviter le repli nationaliste » !…

Le coronavirus est le tragique par excellence. Il est la peste de Thèbes dans le monde postmoderne. Nous perdrons beaucoup dans cet épisode – on ne sait encore à quel point –  et la France est en souffrance comme tant d’autres nations.  Mais nous avons les ressources du courage qui devra arrêter son déclin et préparer la régénération …

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