Chroniques

La déchéance de l’enfant-Roi

« Moi, je ne suis pas pour emmerder les Français. Je peste toute la journée contre l’administration quand elle les bloque. Eh bien, là, les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire jusqu’au bout. C’est ça, la stratégie. (…) Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen ». (Interview d’Emmanuel Macron dans Le Parisien, 4 janvier 2022)

Le mois de janvier est décidément celui où les têtes tombent. En quatre phrases, Emmanuel Macron aura réussi l’exploit de faire tomber celle du président de la République.

Georges Pompidou, alors Premier ministre, dit au jeune haut-fonctionnaire, Jacques Chirac, qui lui apporte des décrets à signer :  « Mais arrêtez donc d’emmerder les Français ! Il y a trop de lois, trop de textes, trop de règlements dans ce pays ! On en crève ! » Emmanuel Macron a repris cette expression à son compte et considère qu’ « emmerder les Français » n’est plus un errance politique mais au contraire une « stratégie », un moyen politique pour parvenir à ses fins : la vaccination intégrale. Ce faisant, il sort de la position d’arbitrage et de surplomb que lui donne la Constitution (Constitution 1958, article 5), entre dans l’arène en devenant un chef de faction. Pire, il cherche par ses mots, à politiser la fracture sanitaire qui a lui-même créée dans le pays entre population vaccinée et non-vaccinée. Il souhaite, aux yeux des personnes vaccinées, représenter le parti de l’Ordre, donner une image d’autorité – défaillante à l’encontre de ceux qui violent les lois, mais implacable à l’encontre de ceux qui refusent la vaccination. 

Or, la personne qui refuse la thérapie génique – appelée improprement « vaccin » – n’enfreint strictement aucune loi. Jusqu’à nouvel ordre, l’obligation vaccinale contre le Covid-19 n’est nullement inscrite dans le Code de la Santé Publique, à l’article L 3111-2 qui compte toujours, n’en déplaise à nos vaccinolâtres, 11 vaccins. Je crains du reste que ce pas n’ait pas été franchi pour des raisons peu avouables… Par conséquent, les Français qui refusent la vaccination ne commettent aucune injustice, aucune faute, et ne briment nullement, bien sûr, la liberté des autres. Ils contrarient néanmoins une volonté, une stratégie politique, celle d’un président guidé désormais par la passion, la passion de contraindre, par une libido dominandi incontrôlée qui explique en grande partie le climat d’irrationalité absolument manifeste qui règne dans le domaine médical et administratif en France aujourd’hui. Emmanuel Macron, guidé par la passion, a définitivement quitté le fauteuil du Président. Voltaire dit lui-même dans Dictionnaire philosophique : « On appelle tyran le souverain qui ne connaît de lois que son caprice ». C’est en effet un adolescent capricieux qui s’est exprimé, dans la formule très régressive et infantile : « J’ai très envie de… » : Emmanuel Macron résume là le moteur de son art de gouverner : la revanche, le ressentiment, des sentiments peu compatibles avec l’appel à la bienveillance et à la concorde nationale énoncées cinq jours plus tôt ! Macron n’arbitre pas selon le principe de réalité mais selon le principe de plaisir, voulant, dans une obstination puérile et assez inquiétante, les « emmerder » et « continuer de le faire jusqu’au bout ». Le peuple doit être le miroir de ses désirs. Si ce n’est pas le cas, on le punit, comme un enfant. Nous passons, comme le dit très justement Mathieu Slama dans son article du Figaro le 5 janvier, « d’un régime de liberté à un régime de permission », le peuple étant condamné à l’état d’infans, voyant son périmètre de parole et de liberté se réduire comme peau de chagrin. Le mandat d’Emmanuel Macron aura été en définitive un mandat régressif tirant gouvernants et gouvernés vers des réflexes reptiliens, vers une infantilisation généralisée, vers le fond, vers le « ça » si je puis reprendre un terme emprunté à la psychanalyse d’où cette impression de soumission collective de la part d’un peuple qui a pourtant su, dans l’histoire, exercer sa liberté. Franchement, on ne reconnaît plus les Français avec Macron…

Au-delà de cette gouvernance régressive, Macron divise la citoyenneté. Il avait déjà commencé sur un plan pratique avec le Pass Sanitaire mais il donne à cette division une formulation politique : « Un irresponsable n’est plus un citoyen ». Le président de la République est garant de l’indivisibilité de la République et surtout de celle de la citoyenneté. La Déclaration des Droits de l’homme de 1789, qui fait partie du bloc constitutionnel, énonce : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». S’ils naissent ainsi, surtout, ils le « demeurent » – c’est le verbe qui nous intéresse ici – quel que soit leur choix de vie, même – et nous en sommes loin – en cas de délit ou de crime qu’ils paient par une peine symbolisant la dette remboursée à la société.  Or, il s’agit bien ici d’un ostracisme au sens antique du terme. Il s’agit même d’une forme juridique et symbolique de déchéance de citoyenneté. S’il ne souhaitait pas formuler la chose ainsi, il est inconséquent et, sur des sujets si cruciaux, c’est impardonnable. S’il l’a exprimé de manière volontaire, c’est que le Président, théoriquement garant de l’unité du peuple qui l’a choisi, souhaite désormais choisir son peuple à l’intérieur même du peuple historique dont il a la charge de conduire le destin. Or, c’est une marque des régimes nazis et communistes de trier le peuple qui correspond à leur idéologie et d’ostraciser, de la manière parfois la plus criminelle, la partie du peuple qui ne mérite pas soit l’appartenance à la race allemande soit l’appartenance au prolétariat ! René Chiche a eu mille fois raison d’alerter les Français sur ce type de régime car qui croit sérieusement que nous sommes encore en régime républicain et dans une démocratie libérale, vu l’état de « mort cérébrale » des institutions républicaines et leur obsolescence programmée par un système mondialisé qui ne souhaite au fond que leur dissolution ? 

Enfin, je dois admettre que ces quelques lignes ont provoqué un mélange subtil de profonde indignation et de secrète jubilation. En effet, nous avons eu, hier, une sorte de surgissement d’alétheia comme disaient les philosophes grecs (a privatif – léthé : oubli), une révélation soudaine et inattendue de la vérité enfouie, à coup d’ingénie sociale et de technocratie, dans les affres de l’oubli ou du déni. De l’aveu de Macron lui-même, le Pass vaccinal n’est désormais plus qu’un instrument stratégique pour « emmerder » les récalcitrants, les réfractaires. En réalité, il vient de lever le voile sur l’inanité de sa politique sanitaire et fait l’aveu qu’il s’est agi d’une vaste opération d’ingénierie sociale dont la liberté fut le véritable enjeu. En effet, si le Pass – sanitaire et vaccinal – est l’instrument pour « emmerder », ses vertus sanitaires sont désormais éclipsées et il devient, dans la bouche de Macron même, ce qu’il a toujours été en réalité : un instrument de conquête progressive du consentement, une ingénierie sinistre destinée à écouler des stocks de vaccins, une voie d’entrée vers le nouvel ordre mondial et la Grande  réinitialisation. Les dirigeants se livrant à cette sinistre manipulation qui dure maintenant depuis deux ans sont généralement d’anciens Young Leaders (cf. le sinistre Trudeau, lacrymal pour l’Autre et minéral pour les siens), des produits de l’Etat profond qu’ils essaient de faire remonter à la surface en abolissant identité nationale, spécificités civilisationnelles, génie de leurs peuples. Synchronisés comme le dit très justement Eric Verhaeghe dans le Courrier des Stratèges par le cabinet Mac Kinsey, ils doivent accomplir un agenda davocratique et Macron a avoué hier que ceux qui s’opposaient à l’accomplissement de cet agenda liberticide – la finalité politique de toute cette folie – en seraient sévèrement pour leurs frais. 

Les quatre phrases de Macron ont bien sûr donné lieu à une illustration et défense de la vertu politique de leur chef par une Macronie déliquescente. Même l’insipide Castaner y est allé de ses éléments de tangage. L’extrême-centre s’est mis à nu hier. Son centrisme s’est effacé devant son extrémisme. Aurore Bergé, plus soucieuse des Procès de Nuremberg intentés aux résistants que de son Code, s’est pris les pieds dans le tapis en avouant ingénument que la parution de l’interview aurait dû précéder le vote du Pass vaccinal qui aurait dû, la veille, être, comme à l’accoutumée, mécaniquement entériné par l’Assemblée nationale. Les masques tombent dans ce décor de théâtre qu’est Davos-france. Les Français ne peuvent plus s’aveugler. Ils le feront encore, je le crains. Hier, par le truchement de Macron lui-même, le faussaire, la vérité leur a pourtant sauté au visage.

Les deux têtes, celle du Roi et celle du Président, sont désormais à terre. Reste à se demander maintenant celle que nous souhaitons remettre sur pieds…

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