Chroniques

Trucking against tracking, Demos contre Davos

Le narratif covidiste s’épuise, c’est une évidence. L’Espagne, le Danemark, le Royaume-Uni commencent, depuis quelques semaines, à lever les restrictions sanitaires. Les contaminations par le variant Omicron ont mis en lumière la très faible létalité du virus et ont surtout levé le voile sur l’histoire qui nous a été servie depuis deux ans par le Great Narrative concocté par le Forum Economique Mondial de Davos, les géants pharmaceutiques et les cabinets de conseils. Paradoxalement, c’est au moment où la supercherie apparaît au grand jour que certains pays, notamment occidentaux, ont renforcé les mesures de restriction, en France par le pass vaccinal et au Canada par l’obligation vaccinale imposée depuis la mi-janvier aux chauffeurs routiers. La semaine dernière, des dizaines de camionneurs ont ainsi quitté Vancouver en direction d’Ottawa pour protester contre cette mesure. Ils ont été rejoints par des convois qui ont encombré les routes autour de la capitale fédérale, Ottawa, donnant au mouvement un caractère spectaculaire et hautement symbolique pour plusieurs raisons. 

Tout d’abord, la contestation a trouvé son véritable objet : elle ne se situe plus sur le terrain sanitaire, à bien des égards secondaire dans toute cette affaire, mais se place sur le terrain politique, son juste niveau. Si les chauffeurs déplorent une intrusion, non consentie, dans la vie privée, ils dénoncent surtout le fait que « l’obligation vaccinale amène vers une société pour laquelle ils n’ont jamais votée » (Le Figaro, article du 29/01/2022). Les chauffeurs montrent bien qu’outre la disproportion spectaculaire entre les mesures technocratiques et l’état sanitaire réel, il s’agit de l’avènement d’une société dont le projet n’a fait l’objet d’aucun vote, d’aucune délibération. Le mouvement cristallise ainsi l’émergence de Démos, désormais conscient de lui-même, face à l’agenda de Davos, qui s’est déployé jusqu’à présent, en roue libre, sans que les peuples n’esquissent la moindre réaction. 

Il s’agit d’un mouvement baptisé « Convoi de la Liberté » et c’est en effet le seul véritable enjeu de cette période de conflit qui s’est ouvert entre Démos et Davos. La liberté des peuples est désormais une entrave au déploiement d’une technocratie biopolitique destinée à conduire le monde vers la Grande Réinitialisation : tracing, tracking au nom de la santé, identité numérique au nom de la sécurité personnelle, bancaire, crédit social au nom d’un nouveau contrat social qui dissout les sociabilités traditionnelles et les ancrages. C’est bien la liberté que les politiques, depuis deux ans, ont essayé de décourager, s’amoindrir et d’anéantir par des dispositifs spectaculaires de soumission : masques, frontières invisibles des seuils de restaurants ou de grands magasins, confinements irrationnels, isolements, vaccination itérative. 

Ensuite, c’est au Canada que ce mouvement s’est amorcé et c’est un symbole fort. Le Canada est dirigé par Justin Trudeau, fils de l’ancien Premier ministre Pierre Elliot Trudeau, Young Global Leader du FEM de Davos et Premier ministre depuis 2015. Lacrymal à souhait lorsqu’il s’agit de l’Autre, il est de tous les combats pour accueillir les réfugiés et pousser le peuple dont il a la charge vers un communautarisme délétère. Naturellement, il épouse toutes les causes woke et LGBT et s’est attaché avec ardeur à liquéfier son pays dans une promotion incessante de la Cancel culture. Larmoyant avec l’Autre, il demeure minéral avec les siens. Sa politique sanitaire a montré une dureté insoupçonnée qui a mis à nu le plan de destruction organisé des appartenances nationales au profit d’un nouvel ordre mondial que Trudeau appelle assez ouvertement de ses vœux. A travers ce mouvement Freedom Convoy 2022, le Convoi de la Liberté, c’est cette nébuleuse altérocrate qui est rejetée, à n’en pas douter. C’est ce mépris de dirigeants, généralement jeunes, pour un peuple avec lequel ils n’ont pour ainsi dire aucun lien charnel, aucune attache culturelle ou affective. Vous l’aurez compris. L’effet de miroir avec le sordide Macron est évident. Leurs mandats présentent du reste des effets de symétrie assez saisissants : tous deux ont commencé par chanter les vertus de la mobilité universelle : mobilités des hommes, des capitaux, des biens dans un monde sans frontière et sans barrière. La signature du Pacte mondial de l’ONU en 2018 a représenté l’acmé de cette géographie plane, horizontale et sans saveur d’un nouveau monde sans ancrage, sans spécificité et sans qualité. C’est ironiquement en voulant réduire cette mobilité que ces dirigeants se sont faits prendre au piège : Macron avec les Gilets Jaunes (prix de l’essence, passage de 90 à 80 km/h) et Trudeau avec l’interdiction de circulation des non-vaccinés. Les chantres de la mobilité ont, en fait, utilisé le mythe du mouvement perpétuel pour liquéfier puis liquider la société ancienne. Tous deux veulent aujourd’hui la minéraliser, la cristalliser car ils ont compris que le Nouvel Ordre Mondial, auquel chacun d’eux travaille avec zèle, passe par une anesthésie des forces vives des sociétés. C’est aussi cela qui se dit dans le Convoi de la Liberté : le refus de la société minérale impliqué par une société numérisée, contrôlée, traquée, hantée par un tragique paradoxe : se contraindre pour être libre.

Trudeau et Macron, ce sont les dirigeants de l’impolitique. C’est aussi le rejet de cette conception qui s’exprime confusément dans le Convoi de la Liberté : rejet de la décision politique externalisée auprès des cabinets de conseil comme Mc Kinsey, très actif dans le management de la politique dite « sanitaire ». Rejet aussi du « capitalisme des parties prenantes » prôné par Klaus Schwab qui floute considérablement la distinction entre public et privé, faisant par exemple sortir du champ judiciaire le « conflit d’intérêt » qui devient un simple modus operandi de l’action publique, le coup d’avance nécessaire pour faire avancer le plan d’actions. Derrière la politique sanitaire, c’est une politique de « dépossession » (Renaud Camus) qui est dénoncée et qui apparente la société dite libérale à un communisme postmoderne qui ne dit pas son nom : privatisation des bénéfices, socialisation de la dette et des contributions.

Enfin, fait inédit dans les démocraties occidentales, Justin Trudeau et sa famille ont été escortés samedi 29 janvier dans un lieu tenu secret. Cette fuite exprime, bien involontairement mais de manière patente, l’illégitimité profonde de ces jeunes dirigeants qui ne peuvent voir leur peuple en face, des « irresponsables » pour Trudeau, et Macron, qu’il convient de domestiquer, de contraindre, voire simplement d’ « emmerder »… Cette fuite exprime non seulement la sécession des élites opérée par la classe politique mondialisée (C. Lasch) mais aussi et surtout l’incompatibilité entre les peuples historiques, toujours là et qui entendent y rester, et une caste qui voudrait gouverner sans peuple dans une sorte de politique sans sujets, faite d’objets manipulables, téléchargeables et télécommandables à merci. Un saint-simonisme dystopique.

La passivité globale de la société civile face à l’ingénierie de la Grande Réinitialisation qui se déployait et s’exprimait (Klaus Schwab, Great Reset) ouvertement, sous nos yeux, demeurait inquiétante et profondément humiliante pour des peuples habitués pourtant dans leur histoire à défendre bec et ongles leur liberté.  Le Convoi de la Liberté apporte une lueur incontestable. Je ne sais ce qui va advenir du mouvement mais Demos, tenu en bride et au silence, depuis deux ans, a su faire entendre sa voix. 

2 réflexions au sujet de “Trucking against tracking, Demos contre Davos”

  1. Vous soulignez à raison la passivité de la population face aux mesures de coercition imposées par le Pouvoir avec la complicité de l’ombre des contre-pouvoirs institutionnels qui mange dans la même gamelle que ledit « pouvoir ». Tout le monde s’y tient pas la barbichette, bien courant des petits vices cachés au « bon peuple » de province de toutes leurs respectives turpitudes. Mais cette passivité, cette veulerie est le produit de l’Histoire : les hommes de 2022 ne sont pas ceux de 1922. A l’époque, au sortir de la guerre, nous avions essentiellement des paysans et des ouvriers, c’est à dire des hommes rudes. Beaucoup avaient connu l’enfer des tranchées ; ceux d’aujourd’hui connaissent l’enfer des start-up et des open-space. Les aigrefins qui sont à la manœuvre le savent très bien. Pour partir en week-end des milliers de gens sont capables de faire vacciner leur bébé. Le passe vaccinal est en réalité un thermomètre pour mesurer le degré d’asservissement d’un individu. Ils vont certainement ficher les 5 millions et quelques qui n’ont pas eu leur dose. Et après ? Ce ramassis de vermine n’a l’importance qu’on lui donne. Il faut constamment mettre en balance les moyens qu’ils mettent en œuvre et le piètre résultat obtenu. C’est souvent très médiocre. Macron nous en a mis plein la figure et c’est une leçon. Prenons cela pour une opportunité de retrouver de la dureté, de la résistance et de l’esprit de sacrifice. Il faut donc reprendre pour modèle nos anciens qui sont figés dans les vieilles photos de famille.

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    1. Merci pour votre excellent commentaire ! Schwab a son Kairos, en effet, mais nous aussi. Cette affaire de Covid est une pédagogie de la servitude certes, mais peut-être et surtout une pédagogie de la liberté, à qui veut l’entendre…

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