Politique économique

Sortir de l’économisme

Pour maîtriser les dérives de la société de consommation et de l’individualisme libéral, il s’agit de sortir d’un économisme étouffant et stérile.

Cet économisme est le fruit naturel et nécessaire d’une économie de marché qui est aussi ancienne que les grands marchés médiévaux ou le commerce des cités italiennes. Il n’est pas question de revenir là-dessus. L’échange par l’intermédiaire d’une valeur nominale est au cœur de la sociabilité humaine naturelle. L’argent, pont symbolique, est aussi détestable lorsqu’il est fin de lui-même qu’il est utile lorsqu’il est moyen d’interagir entre les hommes et de renforcer la capacité de subsistance et de bien-être.

Par contre, le XXème siècle a forgé un nouveau visage du libéralisme. Le capitalisme comme son nom l’indique porte en lui l’idée que l’accumulation de valeurs nominales est une fin en soi et que, de ce point de vue, toute activité est subordonnée au service d’une recherche d’asymétrie entre l’avoir de chaque homme. Car le capitalisme, a cela de subtil : il est fondé sur une circulation de valeurs et une optimisation de leur allocation fondée sur l’équilibre général tout en reposant sur le déséquilibre particulier entre les individus. L’équilibre dans la répartition individuelle du capital étant intenable, l’optimum ne peut être trouvé que lorsque les déséquilibres dans l’accumulation du capital reflètent les déséquilibres de nature.

La social-démocratie et l’Etat-providence qui est son bras armé se sont donnés pour fonction de rétablir un équilibre non-naturel, factice et artificiel pour défier la répartition naturelle des richesses. L’Etat-providence a été une lutte réelle mais inefficace contre la marchéisation du monde. Si l’ordre social n’est pas un reflet parfait de l’ordre naturel et si l’accumulation de capital est modéré par le phénomène d’imposition et des transferts divers, la marchéisation s’est démocratisée puisqu’il a été donné à tous de participer à la société de consommation. Par un effet pervers inattendu, la social-démocratie a contribué à renforcer la marchéisation du monde car l’extension du marché par l’accroissement de la demande a entraîné l’émergence d’une société de crédit. Cette société de crédit, assise sur l’obsession de la consommation, a conduit à une névrose de l’avoir où l’homo oeconomicus n’a trouvé aucune trace du bonheur promis par les tenants de la fin de l’histoire et de la mondialisation heureuse. La consommation de psychotropes témoigne au contraire que cette reductio ad economicum engendre une dépression existentielle par inhibition de l’être. Ce déracinement de l’être est une amputation ontologique qui ne peut qu’ajouter mal-être à la difficulté originelle dans l’être-au-monde. L’intolérance prométhéenne des limites humaines que la société de consommation a promis de conjurer ne peut qu’engendrer frustration ontologique et désespoir philosophique. C’est tout l’Occident qui est entraîné dans cette spirale infernale du matérialisme et de la déspiritualisation.

Toute politique économique doit avoir en arrière-plan cette prudence.

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