Chroniques, Europe

Brexit : Royaume-Uni, Union européenne et Europe

_110606407_gettyimages-181134468Le 1er février, le Royaume-Uni n’est plus un Etat membre de l’Union européenne.

L’article 50 du Traité de Fonctionnement de l’Union Européenne émet la possibilité d’un retrait de l’Union européenne suite à un accord en « fixant les modalités». Le 23 juin 2016, le peuple britannique à 51,89% s’est prononcé pour un retrait. L’accord a été approuvé par le Conseil européen du 25 novembre 2018 et les incertitudes qui ont entouré les conditions du retrait ont abouti à un retrait finalisé par le Premier ministre Boris Johnson pour le 31 janvier 2020.  Nous y sommes.

Ce retrait n’est pas anodin. Le Royaume-Uni a toujours eu historiquement une place à part dans la culture européenne du fait de sa position insulaire, de la spécificité de sa monnaie, la Livre sterling, qu’elle a toujours gardée, du passé historique conflictuel en particulier avec la France du Moyen Âge, en passant par la Révolution et la période napoléonienne. Le peuple français a été capable de passer en quelques années de l’anglophilie la plus aveugle au XVIIIème à l’anglophobie la plus caricaturale à la fin du XVIIIème siècle.  Le rapport français à l’Angleterre est passionnel. L’Europe comme civilisation est marquée par la culture anglo-saxonne et la culture méditerranéenne et l’Angleterre a été comme la France un pont entre ces deux cultures, par sa romanisation, par l’extraordinaire activité des universités d’Oxford et de Cambridge au Moyen Age, et par la circulation des idées politiques à l’époque moderne. Incontestablement, l’Angleterre est européenne.

Le vote sur le Brexit a une triple signification :

L’expression populaire trop longtemps bridée s’est libérée à travers la contestation du Remain. Remain, dans l’esprit des Britanniques, fut interprété comme la permanence dans l’état de crise que connaissent les démocraties occidentales. Le schéma est bien connu : une Angleterre périphérique et populaire qui est la spectatrice « déplorable » et désespérée d’une mondialisation qui se fait sans elle. Une mondialisation consacrant l’Autre comme sujet politique majeur qui capte les finances de l’Etat et qui peut remodeler le pays à son image comme en témoignent l’islamisation avancée de Birmingham et de Londres. Voter le Brexit pour les Britannique a consisté à exprimer un refus de cette déchéance civilisationnelle.

Le Brexit est aussi la manifestation d’un « non » franc à la machinerie technocratique qu’est l’Union européenne. Le Brexit est le miroir tendu aux espoirs qui ont présidé à la fondation de l’Union européenne. L’Union européenne a très rapidement été prisonnière d’une idéologie libérale : ouverture des frontières intérieures, principe de subsidiarité qui a rendu illisible les acteurs du pouvoir, technocratie qui semble tourner toute seule avec les rouages que sont les experts, les lobbies, tout cela sans le peuple. L’Union européenne, à tort ou à raison,  est perçue comme le vecteur de Davos sans le Demos. La complexité institutionnelle (le fameux triangle institutionnel), le budget somme toute faible, le caractère parfois sibyllin des politiques publiques, ont alourdi la prise de décision et n’ont pas permis de construire une politique cohérente, lisible et efficace. Le poids européen dans la diplomatie notamment au Moyen-Orient est négligeable et l’Europe n’a pas été capable d’influer sur le cours des événements de Syrie ou de Libye. de 2014 à aujourd’hui !  Le Brexit met mal à l’aise la conscience européenne car il montre que l’institutionnalisation de la civilisation européenne a échoué.

Les réactions au Brexit, jusqu’au 1er février, marquent cet aveuglement sur l’impasse de l’Union européenne. Emmanuel Macron a condamné « à la fois les mensonges et les simplifications qui ont fait le lit du vote britannique », déclaration qui confirme le regard technocratique sur le vote populaire, accentuant la dérive des continents entre Davos et Demos. Le vote du peuple britannique a été mal « éclairé », la démocratie étant coupable de ne pas vouloir devenir une davocratie. Le Président de la République a malgré tout reconnu dans le Brexit « un signal d’alarme historique », sonnant comme un avertissement à la léthargie de ce Léviathan.

Le Brexit est une secousse pour les Européens et pose la question que nous ne nous posons plus. Qu’est-ce que l’Europe ?

Par la libre circulation des biens, des hommes et des capitaux qui est au cœur de sa stratégie politique, l’Union européenne a institutionnalisé la société liquide, le mouvement perpétuel sans contrôle, qui donne l’impression d’une dépolitisation accrue. L’Union européenne est une polis sans politique, une sorte d’utopie pacifiste qui déploie son récit lénifiant au milieu des conflits qu’elle importe de l’étranger. Une Union européenne qui laisse les États – ils sont en effet responsables –mener une politique migratoire délirante condamne la culture européenne à disparaître. L’Union européenne ne protège pas l’intégrité européenne.

Au cœur de l’Union européenne, on voit d’ailleurs apparaître une fracture idéologique qui met en évidence la concurrence de deux narratifs, de deux imaginaires politiques antagonistes : le narratif de l’Europe de l’Ouest, fondé sur l’ouverture, la paix à tout prix y compris à celui de sa propre disparition, le nomadisme, le déracinement, et le narratif de l’Europe de l’Est incarné par le groupe de Visegrad (V4 : Hongrie, Pologne, République tchèque, Slovaquie) qui s’est positionné fermement, lors de la crise migratoire de 2015, pour une protection des frontières européennes et nationales sous l’impulsion salutaire de Viktor Orban. Le Brexit est un refus du narratif de l’Europe de l’Ouest qui met incontestablement en danger l’Europe elle-même. La question qui se pose est la suivante : faut-il des institutions pour faire vivre une civilisation ? L’Europe a-t-elle besoin de l’Union européenne ? La disparition de l’Union européenne, du fait de sa soumission à Davos, à Bilderberg, n’est-elle pas en l’état actuel des choses la condition sine qua non d’une régénération de l’Europe ?

Mais attention. Avec certains dirigeants politiques, la basse politique peut reprendre très vite ses droits. Le 1er février a été l’occasion de réjouissances de nombreux partis de droite. Or,  j’ai qualifié ce Brexit de bonne mauvaise nouvelle. Boris Johnson a en effet déclaré en août 2019 vouloir procéder à une réécriture radicale des procédures d’immigration au Royaume-Uni par un système à points censé « attirer les meilleurs talents ». Cette stratégie consistant à renouveler les élites est un accélérateur de Grand remplacement, destructeur de l’Europe, plutôt qu’une protection. Le Brexit est investi d’un imaginaire de protection mais les politiques publiques choisies par le Royaume-Uni désormais peuvent aller tout à fait à l’encontre de cela….

Le Brexit est un événement majeur qui vient questionner la civilisation européenne. Comment vivre l’européanité ? Faut-il lui donner une traduction institutionnelle ? Faut-il organiser une représentation politique ? Ou faut-il simplement assurer l’intégrité de l’Europe par des politiques nationales coordonnées nous protégeant de la société liquide, de la submersion migratoire qui condamne à coup sûr l’intégrité de cette civilisation exceptionnelle ?

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