Chroniques

La Grande réinitialisation de 2021 : Great Reset ou grand débranchement ?

Le Forum économique mondial de Davos convoque en janvier 2021 un sommet consacré à la Grande réinitialisation, the Great Reset. La déclaration du 3 juin 2020 présente les contours de cette Grande réinitialisation qui est passée relativement inaperçue dans les médias mais pose quelques questions que je souhaiterais brièvement aborder ici.

La « grande réinitialisation » (The Great Reset) est un terme emprunté au domaine numérique et son choix n’est en rien le fruit du hasard. Le numérique est le nouveau mythe postmoderne qui permet, selon les acteurs internationaux de Davos, de mondialiser virtuellement les interconnexions entre les hommes. Cet espace virtuel de sociabilité, de travail, de commerce réalise l’utopie d’une cité unifiée débarrassée des contingences géographiques, des enracinements terriens, des appartenances historiques et culturelles à la nation. Très américain dans son inspiration, le Forum de Davos propose un Empire virtuel « par invitation » où tout doit converger. La libre circulation des capitaux, des biens, des hommes est fluidifiée par la numérisation, la transformation du phénomène vivant en « donnée ». La Grande réinitialisation est d’abord la confirmation de cette orientation numérique qui n’est pas sans faire penser au monde de LEIBNIZ : les monades, les individus du libéralisme, sont interconnectées dans une cité numérique, à l’harmonie préétablie, ordonnée à la rationalité optimale des algorithmes. Dans un tel monde, la liberté est l’Arlésienne…

Mais il s’agit d’une « réinitialisation ». Le Forum de Davos appelle malicieusement à un changement de logiciel comme s’ils avaient acté les limites inhérentes à la mondialisation post-1945 génératrice de pollution et d’inégalités. Le coeur du problème évoqué semble être l’hiatus entre l’homme et la nature et le réchauffement climatique d’origine anthropique. L’homme, dans un monde technocratique, artificialisé, fracturé entre des élites mondialisées et le reste de l’humanité paupérisée, est périphérisé, devient le Tiers-monde ou mieux le Tiers-Etat. Sur ce constat, la réinitialisation est fondée sur un imaginaire révolutionnaire (« la quatrième révolution industrielle ») et l’élaboration d’un « nouveau contrat social qui honore la dignité de chaque être humain ». Il s’agit d’une sorte de 1789 mondial reposant sur les bases anthropologiques strictement similaires aux révolutions du XVIIIème siècle. Le Forum Economique de Davos pose les subtilement les bases d’une révolte toute sophistique contre l’ « Ancien Régime » ( nommé « ancien système » -sic !) qu’il incarne pourtant à merveille. Lorsqu’il appelle à « changer de mentalité », le Forum de Davos s’inscrit dans la tradition de la table rase révolutionnaire appelant à une révolution intérieure pour consolider les acquis politiques de 1789. Sentant le système craquer de toutes parts, il faut parler réinitialisation, reprogrammation pour pérenniser les lubies destructrices de la postmodernité : inclusions en tout genre dissolvant les appartenances, lutte contre le « racisme » (« nous ne pouvons pas non plus tourner le dos aux maux causés par le racisme et la discrimination ») qui fleurent bon le pacte mondial de l’ONU de 2018 appelant à la liquidation de l’Occident.

L’appel – assez insistant dans cette présentation – à la nature a tout de l’injonction contradictoire, du « en même temps » érigé en principe de gouvernance mondiale. L’interconnexion universelle, la valorisation des « hubs » comme creusets de ce nouveau monde accentuent l’effet de virtualisation et d’artificialisation. Entraînés par un enthousiasme post-industriel, le Forum de Davos estime que le temps de l’interaction avec la nature (l’agriculture, l’industrie) est terminé. Ce faisant, il se pare de toutes les vertus du respect en s’éloignant de l’idéal cartésien d’exploitation et de maîtrise de la nature. Ce respect de la nature est tout simplement sa mise à l’écart, son oubli. Là est peut-être un des aspects les plus importants de cette Grande réinitialisation. Mettre la nature en périphérie, de fait la « protéger » mais ne plus interagir avec elle en faisant de l’homme l’acteur de ses propres lois. Ainsi deviennent possibles la réalité augmentée, la dissolution des communautés naturelles comme la famille, la procréation médicalement assistée, la gestation pour autrui dans un espace anarchique exclusivement humain voué à ses caprices, aux seules lois de sa volonté. C’est sans doute ce que Davos appelle la « responsabilité intergénérationnelle »…

Cette « Grande réinitialisation » est un mythe destiné à conforter l’abolition du politique et l’émergence d’un « forum » virtuel, la société civile mondiale. L’habillage démocratique est soigné, l’architecture technocratique intacte. J’encourage les lecteurs à bien suivre le développement de ce « Great Reset » qui est une reprogrammation de l’idéal postmoderne et qui cherche à éviter le débranchage d’un Occident désormais bien malade.

Lien du site World economic forum

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