Chroniques

Eric Zemmour, candidat à l’élection présidentielle : premières réflexions

Eric Zemmour a déclaré à midi sa candidature à l’élection présidentielle de 2022.  

Depuis 2017, les Français sont en marche : du présent vers le futur, c’est la loi d’airain du progressisme. Seul le futur a de la valeur. On s’arrache du passé pour conquérir son « autonomie », on s’arrache de la nature, des ancrages historiques, on s’endette parce que le futur sera forcément meilleur, on fuit les vieilleries du monde ancien, on méprise les communautés naturelles, on écrit l’histoire au futur antérieur. Bref, on marche parce que marcher est tout ce qui compte. 

Dans sa déclaration, Eric Zemmour nous invite lui aussi à une marche mais à une marche d’une tout autre nature. C’est une marche dans l’histoire, du passé vers le présent, qui égrène les grandes figures enfouies au cœur de chaque Français. Avec gravité, il évoque Jeanne d’Arc, Louis XIV, Napoléon, le Général de Gaulle. Ce faisant, il rappelle que la France s’est construite pas à pas, qu’elle est le produit de la grandeur, qu’elle nous a été donnée, que nous en sommes les héritiers. Tout, dans le discours d’Eric Zemmour, appelle à poursuivre cette œuvre millénaire (les fameux « mille ans »). Or, ce qui nous a été donné, nous le livrons. Ce qui nous a été transmis, nous le bradons. Notre culture, notre industrie, notre génie, Eric Zemmour les parcourt dans des raccourcis saisissants pour en rendre la vente à la découpe plus insupportable encore. Il marche dans l’histoire pour répondre à ceux qui pensent pouvoir détruire sans crainte ce que les Français ont eux-mêmes déjà commencé à oublier : le wokisme, le multiculturalisme, l’immigrationnisme, toutes ces entreprises ne jurent que par la table rase, l’homme « nouveau ». La France ne doit plus être une profondeur, elle ne doit plus résonner de la voix de ses morts. Elle doit être une surface, un Hexagone, une République accidentellement française, une République des seuls vivants, une République de l’oubli, la civilisation du Léthé. 

Puis Eric Zemmour nous invite à une marche dans les rues de France. Il utilise des photographies, des vidéos qui tournent dans la bien mal nommée « fachosphère ». Il nous montre les policiers humiliés, la guerre de conquête menée par l’Islam sur notre sol, le déchaînement de la « violence (dite) légitime » d’un Etat contre son propre peuple et l’évidence scandaleuse de l’impunité des racailles. Il donne une voix aux « déplorables », aux inutiles. Il nous dévoile la réalité du Grand remplacement, de la dépossession, sort Renaud Camus des dossiers de la XVIIème chambre pour placer ses analyses désormais au cœur de la campagne présidentielle à venir. Les Français sont colonisés, sont étrangers chez eux. Ils sont les exilés de l’intérieur. Impossible de se défausser désormais, de finasser, de contourner. Zemmour met des mots, des images, une tonalité sur le grand silence qui a fait tant de mal à la France. Il renvoie dos à dos les ingénieurs du désastre, les scénaristes, les acteurs de gauche et de droite, les spectateurs médiatiques complices. Tout ce théâtre à machines est désossé. 

Pour ces raisons, la déclaration d’Eric Zemmour est un bol d’air dans cette France étouffée, étranglée et sclérosée. Cet outrage à la novlangue est nécessaire et, s’il a entrepris ce travail depuis longtemps, il estime le moment venu de lui donner une traduction politique. Passer de l’idée à l’action, de la puissance à l’acte, du discours à l’agir politique. C’est presque irrésistible en effet aujourd’hui tant notre pays et notre peuple sont blessés. 

Néanmoins, Eric Zemmour ne doit pas oublier me semble-t-il une autre dépossession, un autre remplacement, dont les manifestations sont tout aussi redoutables. Celui opéré en ce moment par la Grande réinitialisation dont on ne voit pas le thème encore percer dans le discours du candidat. Klaus Schwab, le président du Forum Economique Mondial de Davos, dans son livre publié en juin 2020, était pourtant d’une limpide clarté : le monde d’avant ne reviendra « jamais » et le Covid-19 représente une disruption, une « fenêtre d’opportunité » pour établir un « nouveau contrat social », coordonner davantage les politiques des Etats au niveau mondial et assurer une sécurité sanitaire et personnelle avec les moyens technologiques issus de la 4ème révolution industrielle : traçage, augmentation de l’homme etc. On n’a pas assez pris ce texte au sérieux, quand du moins on a pris la peine de le lire. Il dessine pourtant – assez ingénument d’ailleurs – les contours du monde de demain. Or, en France, le Passe sanitaire a été la voie d’entrée vers cet univers du contrôle social, vers la nouvelle vertu civique régie par un QR Code. De surcroît, par l’adoption coordonnée d’états d’urgence suspensifs des libertés publiques dans tout l’Occident, il met à disposition des gouvernements les corps et la liberté d’en disposer, ce qui n’est pas la moindre des dépossessions. Peut-on longtemps garder le silence sur ce point ?

La politique sanitaire actuelle, force est de le constater, sombre dans l’irrationalisme le plus total. Les mesures de restrictions en Australie, en Autriche, en Lettonie, en Slovaquie, en Italie avec la mise à l’étude d’un « passe sanitaire renforcé », en France et dans bien d’autres pays occidentaux montrent que nous sommes bien passés dans une ère biopolitique. Une politique vaccinale de masse est imposée par tous les gouvernements au mépris d’une analyse sérieuse des risques du Covid-19 et de ses variants et surtout au mépris d’une étude des vaccins eux-mêmes dont les effets secondaires sont minorés quand ils ne sont pas occultés. Ces politiques tuent la médecine en proscrivant les traitements : ils promeuvent la vision technocratique d’une médecine de masse tout à fait incompatible avec les valeurs induites par le Serment d’Hippocrate. Elles jettent un soupçon délétère sur la science en général, ce qui est désastreux pour une civilisation. Elles remplacent la science par la croyance, la mystique vaccinale, la raison par l’instinct grégaire.

Et surtout, comment ne pas voir, derrière cet empressement à balayer le socle des libertés publiques, cette course effrénée de tous les pays occidentaux à la liberté conditionnelle, l’avènement d’une autre ère politique ? L’agenda démocratique est désormais obsolète pour les élites. L’expression du peuple est « déplorable », nuisible parce qu’elle émane d’une masse ignorante. L’expertise a seule droit de cité. L’expert ne dialogue pas. Il pontifie, il assène et l’on doit suivre. L’agenda davocratique procède, lui, de ce savoir. Il ne peut donc que se substituer à l’illusion démocratique et développer un « Great Narrative » qui régira le destin des peuples sous l’égide d’un Nouvel Ordre Mondial dont la constitution ne fait plus guère de doute aujourd’hui. De tout cela, le sordide Macron est l’instrument. Ce n’est pas un « réformateur ». C’est un sans-culotte du projet révolutionnaire mondialiste destiné à déposséder tous les peuples de leurs identités, tous les Etats de leur indépendance, toutes les civilisations de leur génie.

C’est, me semble-t-il, sur ce point qu’Eric Zemmour, par son sens de l’histoire, son courage, son amour pour nos ancrages, doit sortir d’une forme de mutisme. Comme il « se fout de la diabolisation », il doit me semble-t-il « se foutre du complotisme », cette arme des coupeurs de langue en blouse blanche aujourd’hui. Oublier ce thème, c’est occulter l’autre grande dépossession, celle de notre indépendance nationale certes mais aussi et surtout celle de notre humanité et laisser se déployer l’homme « augmenté », c’est-à-dire l’homme traqué, tracé, diminué, complexé de ne pas être une donnée ou un objet. 

Si Eric Zemmour franchit ce pas, son délicieux « surtout » final résonnera avec encore plus de justesse, comme une symphonie…

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