Chroniques

Le débat Marine Le Pen – Emmanuel Macron : petit exercice d’arrogance politique.

Je n’avais pas prévu d’écrire un article sur le débat qui a opposé Emmanuel Macron et Marine Le Pen mais les « débriefings » confondants de malhonnêteté intellectuelle et de cécité politique m’y obligent malheureusement.

Ce débat était attendu. Marine Le Pen devait « laver l’affront » du débat de 2017 qu’elle avait en effet copieusement raté et Emmanuel Macron devait rendre des comptes sur sa présidence qui a divisé les Français en termes de libertés publiques comme jamais présidence ne l’avait fait auparavant. Les deux candidats devaient aussi présenter leurs projets profondément divergents sur le destin de la France. 

Sur le contenu du débat, il n’a, bien sûr – mais c’était attendu – aucunement été question des grands enjeux qui attendent la France dans les années à venir : Grand remplacement, Grande réinitialisation, dépendance de la France à l’égard de l’Union européenne, des Etats-Unis, de la Chine. La question du Grand Remplacement a malheureusement été écartée suite au score d’Eric Zemmour qui avait pourtant réussi à faire percer ce thème fondamental pour la survie de notre pays. Quant à la Grande réinitialisation, personne n’ose approcher ce sujet étiqueté « complotiste » par les médias mainstream. Sur l’indépendance de la France, on l’approche par le petit bout de la lorgnette en écartant la colonisation culturelle et militaire par l’Amérique (woke, Cancel culture, Netflix, GAFAM et OTAN), la colonisation démographique par l’Afrique, la colonisation économique et technologique par la Chine (BATX, « modèle » du contrôle social high tech). En énonçant comme priorité des Français le « pouvoir d’achat », même si cette question est importante bien sûr, on était sûr de rester à la surface des grands enjeux de ce début de siècle et de ranger le débat dans la catégorie des produits non-essentiels comme aime à le faire la Macronie.

Il ne s’agit pas ici de refaire le débat mais de tirer quelques observations simples. 

Marine Le Pen a clairement effacé le débat de 2017. Posée, se gardant de toute outrance, ne répondant que chichement aux attaques de son adversaire, elle a affiché une posture qui ne dépareillait pas avec l’image classique d’un président. Dans une économie de geste, elle a réussi à incarner le « -st » -comme le dit Renaud Camus, la stature, l’Etat. Sa prestation fut ascendante : perdue au début du débat, arborant un regard presque désespéré, elle a pris progressivement ses repères jusqu’à devenir nettement performante sur la sécurité, sur son projet institutionnel ainsi que sur la conclusion, parfaitement réussie, contrairement à son adversaire qui s’est embrouillé et cherchait ses mots pour conclure. Elle était, à tort, attendue sur la « technicité » (que l’on confond avec compétence) et force est de constater qu’elle n’a brillé sur ce point – ce qui du reste nous a permis de ne pas sombrer dans les bras de Morphée. Il est dommage qu’elle ait encore apparu comme complexée sur ce point alors que la « technicité » est de l’ordre du gouvernement et de l’administration. Un débat présidentiel n’est pas un oral technique de l’ENA. Le Président doit tenir compte des contraintes techniques bien sûr mais pour, à partir d’elles, fixer un cap pour la France, sa mission essentielle. Marine Le Pen elle aurait dû affirmer ce positionnement surplombant comme avait su si bien le faire François Mitterrand en 1981, pourtant battu à plates coutures – même cette année-là ! – par Giscard d’Estaing sur les sujets économiques, institutionnels, même constitutionnels ! Un Président français n’est pas un technocrate. Il décide et ils exécutent comme le disait Jacques Chirac dans un célèbre « recadrage ».

Emmanuel Macron s’est distingué par son agressivité et son « arrogance », terme souvent employé pour qualifier sa prestation. Sa gestuelle, son regard, son attitude, tout signifiait le mépris et une désinvolture détachée mimant l’évidence de sa compétence. Jacques Attali, qui manifestement ne souhaite plus d’une femme à l’Élysée, voit même dans cette « arrogance » le signe de sa compétence, d’une « excellence » naturellement écrasante : « Un musicien doit-il s’excuser de sa virtuosité ? ». Sortez Mozart par la porte du réel, il revient par la fenêtre du virtuel. 

On a donné à cette « arrogance » un sens trop psychologique. Or, c’est d’une arrogance toute politique qu’il s’est agi hier soir. Dans le regard de Macron sur Marine Le Pen, on pouvait deviner le regard qu’il portait sur les Gilets Jaunes, sur les anti-vax qui manifestaient tous les samedis, sur tous ces Français qui ne veulent pas de sa société liquide, de sa société remplaciste, de sa société de contrôle social, de leur « révolution des codes », qui ne veulent pas réinitialiser la France mais veulent au contraire maintenir son rang. Pour Macron, cette France, ce peuple français-là est obsolète et c’est tout cela qu’il y avait dans ce regard dont nous aurons peut-être tout loisir de voir le sens politique dans les 5 prochaines années. 

Dans le débriefing de France 2 après le débat, on a beaucoup glosé sur ses compétences techniques après une minute de flottement très sensible suite à sa piètre prestation. Les débriefeurs se sont ressaisis en évoquant maîtrise des dossiers, sourçage, chiffrage, précision miraculeuse. Cette maîtrise technique est mécanique pourrais-je dire. Je rappelle qu’il a eu à connaître des affaires de l’État pendant 5 ans. Il est tout naturel qu’il ait en tête les ordres de grandeurs, les chiffres-clés. Cette maîtrise des dossiers est en outre l’autre versant d’une conception technocratique du pouvoir, du culte des chiffres-écrans qui signent en définitive l’entrée dans l’impolitique. 

Marine Le Pen, souhaitant garder son cap de stature présidentielle, n’a pas évoqué les multiples traits scandaleux de la présidence Macron. Elle n’a rien dit ou presque, non de l’ « affaire McKinsey », mais du système McKinsey, ce transfert du politique au monde du consulting, ce transfert de données engageant la stratégie, la sécurité de l’État à une entreprise privée. Rien sur le bénévolat McKinsey en 2016. Rien sur l’élaboration de la procédure vaccinale, de la stratégie initiale de la peur au déploiement de la vaccination à toute la population. Il n’a pas été question de la suspension totale (confinement) puis partielle (non vaccinés) des libertés publiques et du changement de régime évident que cela a impliqué sous l’égide de l’irrationalité, du mépris de la médecine et de la science.  Soucieuse de ne pas verser dans l’excès ou le « complotisme », Marine Le Pen n’aura que peu accroché l’imposture d’Emmanuel Macron, n’aura que peu mis en évidence son néant politique vertigineux, lui le CEO de Davos-France. Le ton, les mots employés par Marine Le Pen, le spectre idéologique et politique n’ont strictement rien à voir avec l’ « extrême-droite ». Ceux qui lui font ce procès, à la lumière du débat d’hier, se couvrent de mauvaise foi et de ridicule. 

Il flotte un air mêlé d’espoir et de fatalité après ce débat. Espérons que les Français seront sensibles à cette imposture politique qu’est le macronisme, qu’ils ne seront pas rattrapés par le syndrome de Stockholm, qu’ils sauront à temps regretter la France qu’ils ont perdue et que le président sortant souhaite continuer inlassablement à effacer. Marine Le Pen est notre seule chance, le 24 avril, de tirer un trait définitif sur cette sinistre période et de demeurer dans la France que nous avons reçue en héritage et que nous devons – devons ! – faire persévérer dans l’être ….

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