Chroniques

1er février 2018 : le PIB nouveau est arrivé !

Alors que le ministre de l’Economie avec une précision d’horloger, nous apprend que la croissance du PIB sera de 1,92% – on aurait aimé avoir le chiffre du centième -, il apparaît que le PIB est un indicateur de plus en plus cocasse.

Sur demande de l’institut européen Eurostat, l’INSEE, jamais en reste pour accrocher le wagon du mondialisme et de l’européisme béat, a décidé d’intégrer le trafic de drogue dans le Produit intérieur brut, ce qui devrait entraîner nous rapporte l’Obs  une légère hausse de ce dernier.

C’est un débat assez ancien car l’Eurostat avait demandé en 2013 d’intégrer la consommation de stupéfiants et la prostitution dans la mesure où il s’agit de « transactions librement consenties »

Cette demande d’Eurostat est aussi passionnante que scandaleuse.

D’abord, elle marque la fin de ce que l’on appelait encore il y a peu l’économie parallèle, ce qui était déjà une « avancée » par rapport au terme de délinquance ou de criminalité qui semblerait pourtant un peu plus approprié. Il n’y a plus d’économie parallèle mais une économie tout court où tout est changeable et interchangeable y compris le crime.

Ensuite, le crime est débarrassé de sa dimension morale ou judiciaire et devient simplement une modalité spécifique de transaction pouvant entraîner la mort comme le ferait l’alcool, l’automobile ou tout autre bien de consommation. La destruction de la frontière entre le légal et l’illégal, l’utile et le nuisible, le bien et le mal est la marque d’un économisme aveugle et amoral qui transforme le criminel en agent économique comme un autre. La mondialisation, le nihilisme et la culture de mort qu’il diffusent contribuent bien entendu à cette indifférenciation morbide entre le commerce des corps, de commerce de substances mortifères et le commerce de biens de nécessité ou de luxe.

Par ailleurs, cette conception de l’économie est fondée sur le mythe de la volonté. Si la transaction est « librement consentie », elle devient légitime. La loi est effacée devant la toute-puissance de la volonté qui fait loi. Chose extraordinaire : si l’INSEE a refusé d’intégrer la prostitution dans le PIB, c’est parce que le consentement des prostituées n’était « probablement pas vérifié ».  Le libéralisme arrive à un paradoxe savoureux qui n’est pas loin d’être une aporie. C’est la volonté qui fait le bien et qui devient force normative. Effacement de la loi, primat impérieux de la volonté, euphémisation de la violence qui tourne autour de tous ces crimes, et en dernière instance légitimation de la violence qui est une des modalités parmi d’autres de la « circulation des capitaux, des biens et des personnes ». Le doux commerce devient loi du plus fort.

Enfin, la croissance du PIB, en intégrant ces éléments, nous interroge sur la définition même de l’économie. L’économie est-elle fondée sur la croissance d’un produit intérieur, quel que soit la nature de ce produit.  SI cette croissance légitime et entraîne la violence, le terme croissance n’est-il plus qu’un sophisme de statisticien, qui se laisse bercer par ses propres mots. Avec une telle conception de la richesse, n’a-t-on pas perdu le sens de l’oikos ?

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