Chroniques

18 janvier 2018 : « La France ne peut accueillir toute la misère du monde… »

« La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde mais elle doit savoir en prendre fidèlement sa part ». Quand Michel Rocard a prononcé cette phrase, il ne savait peut-être pas à quel point il énonçait tout le paradoxe de la position française sur l’immigration. Ce paradoxe se trouve déjà dans les verbes « elle ne peut » mais « elle doit » qui exprime de manière presque cornélienne le conflit insoluble entre le possible et le souhaitable, le faisable et le moral, le mal et le bien en somme.

La France n’a toujours pas résolu ce dilemme. Les statistiques de l’immigration tendent d’ailleurs à montrer que nous prenons de plus en plus fidèlement notre part de la misère du monde. Un article du Figaro daté du 18 janvier 2018 montre très bien que l’augmentation du nombre de demandeurs d’asile est spectaculaire en 2017 et dépasse les 100 000 personnes contre 61 468 en 2012 soit +39% en 5ans ! Le nombre des « premiers titres de séjours » est en constante augmentation : 183 893 en 2008, 210 940 en 2014, 215 220 en 2015. Si, comme le dit l’auteur, tous les volets de l’immigration sont à la hausse, le motif familial regroupe en 2014, 92 326 personnes, soit 43,76% et le motif humanitaire 20 822 soit 9, 8%. On ne peut pas dire à la lecture de ces chiffres que nous ne prenions pas notre part. Et pourtant…

Nous avons été pressés de toutes part pour accélérer ce mouvement.

La France depuis les Lumières et encore plus après 68 s’est enfermée dans une culture de l’autre qui s’est transformé en culte de l’Autre. Cette altérophilie se traduit à un mépris ou un rejet de ce qui est proche ou prochain. L’absorption dans l’Autre a fait naître une ringardisation du Même et a donné une promotion morale à ce qui n’est pas soi. D’où un rejet inconditionnel de tout ce qui relève de la préférence nationale ou du droit à la continuité historique.

Ensuite, la société liquide : tout ce qui bouge est investi d’une valeur suprême. Le nomadisme a pris le pas sur la sédentarité. Le nomade bouge, prend des risques, est un explorateur contemporain qui s’aventure en terra cognita certes mais qui se déracine, se remet en question, cherche à conquérir une identité nouvelle, une identité plurielle. Le sédentaire lui d’enracine, s’encroûte, se fige, meurt sur place car il n’est pas animé par cette salutaire mobilité où l’identité n’est pas en héritage mais se construit. L’immigré ou le migrant c’est lui, ce nomade soluble dans le culte de la mobilité chic et branchée. Un nouveau prolétariat pour bobo amoureux du mouvement des autres ou des mouvements d’aéroport mais très heureux de se retrouver fermé entre soi.

La misère du monde, tout le monde veut l’accueillir mais chez les autres. C’est bien l’insupportable hypocrisie de nos humanistes de salon qui défendent un multiculturalisme communautaire qui arrange tout le monde. Implantés dans des cités où ils ont chassé – malgré eux sous l’effet du grand remplacement communautaire –  les ouvriers, les retraités et les jeunes, les immigrés ont été attirés pour fournir une main d’œuvre docile, inassimilée donc plus faible qui n’a trouvé comme solution que le repli communautaire pour retrouver des repères culturels, éducatifs, que l’éducation nationale française a refusé de leur donner. Cet humanisme de carton a servi de décor sordide aux politiques publiques de la ville dont l’inanité a révélé au grand jour l’impuissance de l’Etat sur un enjeu majeur pour la cohésion sociale en France.

Les chiffres récemment publiés sur l’immigration montre que cette moraline mensongère a encore de beaux restes et de beaux jours devant elle.

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