philosophie

L’inquiétante algorithmisation du vivant

La fascination béate et souvent naïve face à l’ère numérique pose une question de plus en plus prégnante : l’interpénétration inquiétante entre le vivant et les algorithmes.

La « révolution numérique » a scellé un lien fort entre l’homme et la machine informatique qui est dans un premier temps resté un outil externe permettant d’optimiser un calcul, de l’analyser ou le modéliser. La période actuelle est fondée sur une numérisation de l’homme : l’outil informatique a investi la vie de l’homme dans toutes ses dimensions. L’utilisation des algorithmes s’est propagé rapidement dans des secteurs aussi variés que la finance, l’économie, la scolarité même pour le choix de l’orientation.   L’algorithmisation du vivant est une externalisation de la liberté humaine confiée à une mathésis sensée donner la solution la plus rationnelle selon des critères rentrés dans la suite algorithmique. Cette conception nous rapproche du système des harmonies universelles de Leibniz par une rationalisation critérisée du vivant qui se substitue à l’aléatoire et à l’imprévisible.

Un conflit peut émerger et finira par émerger entre cette algorithmisation du monde et les droits de l’homme ainsi que les libertés publiques qui sont inutiles et sans objet, des valeurs se vidant d’elles-mêmes de leurs propres substances. L’algorithmisation du monde a accru de façon exponentielle la vitesse de circulation de l’information et cela a des impacts absolument considérables sur l’économie. Les phénomènes spéculatifs connaissent des séquences très courtes et un krach peut advenir en quelques secondes et disparaître aussitôt. Les libéraux diront que l’algorithmisation de l’économie et de la finance est un moyen d’auto-régulation  du système par lui-même. L’accélération prodigieuse de la vitesse de circulation de la monnaie annihile les déséquilibres et tend, c’est vrai, à réduire la sensibilité économique des écarts spéculatifs. L’algorithmisation est pourrait-on dire une taxe Tobin non fiscale. Par contre, cette algorithmisation financière accentue la virtualisation de l’économie mais elle soumet l’homme, son environnement économique, son pouvoir d’achat à un circuit décisionnel qui n’est plus humain ou qui relève plutôt d’une planification rationnelle sans acception de personne. Un tel système fait disparaître l’équité, l’empathie, la considération de la personne et la singularisation.

Outre les algorithmes qui constituent une architecturation numérique de l’environnement humain, le numérique s’incorpore dans l’homme pour en augmenter le potentiel. Le concept de « réalité augmentée » relève d’abord du domaine médical : il s’agit de réparer les imperfections de la nature, qu’elle soit originelle ou qu’elle provienne de manière accidentelle et aléatoire. Très rapidement, on se rend compte que la réalité augmentée peut permettre d’aller au-delà d’une simple réparation de la nature. Il ne s’agit plus forcément de corriger mais de dépasser les limites ontologiques fixées à l’homme par le temps ou l’espace c’est-à-dire ce qui fait qu’un homme est homme. La numérisation de l’homme par incorporation d’intelligence artificielle peut réaliser le recouvrement de la vue ou externaliser une mémoire décroissante par sénilité naturelle.

Projet prométhéen et cartésien, cet algorithmisation du vivant pose le problème crucial de la place de l’homme dans le monde, de son identité juridique, ontologique. Un projet  politique ne peut plus ignorer de telles questions.

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