Europe

l’Union européenne ou le peuple introuvable

 

La technocratie de l’Union européenne repose sur une méfiance des peuples, des peuples introuvables si l’on en regarde de près les résultats des mouvements européistes dans tous les coins de l’Europe. Comment expliquer ces désaveux ?

Le peuple est instinctivement attaché à ces racines. Il est viscéralement attaché à sa terre. Vieux paysan, l’Européen aime foncièrement son enclos. Chacun a sa « terre angevine » comme en a si bien parlé Du Bellay. Or, l’Union européenne cherche à déterritorialiser sa population. L’idéal européen est fondé sur la libre circulation des hommes, des marchandises et des capitaux comme le stipule le Traité de Lisbonne (TFUE, Troisième partie, Titre I, « Le marché intérieur »). L’idéal européen est un nomadisme chic et connecté entre soi dont le peuple radicalisé – au sens étymologique du terme –  est et doit être exclu d’où deux espaces de plus en plus  distincts :

  • l’espace de la ville-monde, globalisée, où règne le nomadisme virtuel et branché que promet le traité de l’UE. La mobilité est non seulement élevée par le traité européen au niveau de liberté fondamentale et au niveau d’un principe général du droit. Droit fondamental la mobilité, c’est aussi un art de vivre. Le mouvement perpétuel est un modus vivendi valorisé dans l’espace culturel de l’union européenne qui favorise l’inconstance personnelle, psychologique, commerciale, morale car la société de consommation dont l’Union européenne est un facilitateur requiert ce mouvement perpétuel de destruction créatrice comme l’aurait dit Schumpeter. Le brassage multiculturel est une valeur suprême et l’enracinement ou la défense de la culture et des traditions une « pureté dangereuse ».
  • L’espace de la sédentarité dans les zones périphériques que décrit très bien le géographe Christophe Guilluy. Exclus du bougisme multiculturel européen anxiogène pour eux, les citoyens périphériques, hors des villes-monde, souhaitent protéger leur appartenance culturelle. Sans pouvoir d’achat, ils n’ont rien à retirer de la mondialisation et de l’Europe. Censée les protéger, L’Europe les soumet toujours plus intensément à une immigration subie et incontrôlée qui remet en causes les équilibres culturels, sociaux et démographiques.

Cette bipartition spatiale de l’Union européenne a deux conséquences.

Tout d’abord, l’espace Schengen n’est plus un espace de protection des peuples européens, ce qu’il était au départ. L’ouverture des frontières intérieures devait s’accompagner d’une vigilance accrue sur les frontières extérieures de l’Union.   L’Espace Schengen est de ce point de vue une imposture politique car il a contribué à l’indifférenciation nationale au service du sans-frontiérisme libéral. Il est cet espace ouvert à l’intérieur et ouvert à l’extérieur qui n’est plus qu’un lieu de mobilité et de passage pour les capitaux et les entreprises mais un lieu de fixation pour les populations immigrés. Les mouvements dextrogyres observés dans les populations européennes comme en Autriche en 1995 puis en 2015, en Hongrie en 2010, aux Pays-Bas en 2017 résultent directement de cette impression de dépossession culturelle des peuples. Par une Union européenne qui n’est pas avant tout un projet civilisationnel.

Deuxième conséquence. Les peuples sont inaudibles et périphérisés dans l’espace européen. C’est tout le paradoxe de la technocratie. Techniciste, complexe, rationalisatrice, elle est sourde à la simplicité du bon sens, de l’évidence, des passions comme l’angoisse ou la peur qui sont des passions politiques et qui ont toute légitimité à être entendues dans l’espace démocratique. Le double vote de l’Irlande le 12 juin 2008 et le 2 octobre 2009 pour la ratification du traité de Lisbonne montre bien ce refus de la parole populaire. Ce deuxième vote aurait dû conduire à une crise ouverte de la démocratie européenne. Il semble encore surréaliste aujourd’hui que le vote populaire ait été soumis à une sorte de censure par la Commission européenne qui considérait qu’un commissaire européen irlandais pouvait continuer à siéger dans une instance non reconnue par son peuple. Dans le double vote, se cache l’idée que le peuple doit être éduqué et la démocratie est remplacée par une pédagogie dont le premier vote a été une simple propédeutique.

L’idée d’une peuple inéduqué et donc mal votant est très présente en France avec le vote pour le front national. Les politiques se sont cassés le nez sur cette thématique des Lumières et ont rejoué pendant près de 30 ans la pièce de  l’émancipation des peuples en montrant qu’une éducation façonnée par l’Education nationale et les médias permettaient d’éviter l’obscurantisme représenté par certains votes. Une Europe sans démos en quelque sorte…

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