Institutions

La République ou le spleen politique

Lier la république et le spleen est un brin provocant. La République… C’est bien ce régime – que dis-je ce miracle politique – que les Français ont attendu pendant 1 300 souffrant 13 siècles de monarchie obscurantiste et se libérant dans un bain de Lumières. Et pourtant, ce nouvel âge politique a apporté son lot de déception et de frustration. Intrinsèquement, la République organise la concurrence des pouvoirs, la concurrence des hommes qui s’apprêtent à l’exercer si bien que toute l’épopée consiste en la conquête du pouvoir, assimilant l’exercice du pouvoir à un enfer au pire ou à un état de souffrance ou de mélancolie désabusée.

L’élu n’est plus en effet qu’un artisan de la conquête du pouvoir. Jean-Pierre Raffarin a évoqué malicieusement les qualités « d’ingénierie de la victoire » chez François Fillon lors de sa campagne en mars 2017. Tout est dit. Le politique moderne, c’est encore plus visible chez Emmanuel Macron qui en est l’archétype est un ingénieur de la conquête du pouvoir.  Cette ingénierie passe par une intériorisation des impératifs de la démocratie moderne : la rhétorique des campagnes est fondée sur des mesures de financement qui répondent scrupuleusement à l’économisme contemporain. Lorsqu’une élection présidentielle fait émerger des « candidats de la feuille de paye » on ne peut que constater avec effarement l’écrasement inquiétant de la conception du pouvoir dans nos démocraties contemporaines. Ce sujet n’est pas second certes mais il n’est en aucun cas l’élément déterminant d’une stratégie politique au service du bien commun. Dans les démocraties modernes, l’offre politique doit conserver les principes de la société de consommation,  l’hédonisme de crédit et une charité étatisée et illusoire pour la conscience de chacun. L’ingénieur de la conquête du pouvoir va orienter sa rhétorique vers des financements ciblés en fonction de la clientèle choisie et selon les segments de consommateurs visés.

Ce qui marque, c’est me semble-t-il l’impréparation à l’exercice du pouvoir. Le quinquennat de François Hollande  a été  de ce point de vue exemplaire. Il apparaît que l’exercice du pouvoir semble avoir été improvisé de bout en bout comme en témoigne l’épisode désastreux de l’affaire Léonarda qui a montré à quel point le plus haut sommet de l’Etat pouvait être le jouet des médias, des sentiments immédiats, du chantage affectif le plus primaire. La vie politique est faite d’un cursus honorum éreintant où les hommes s’épuisent à l’accès aux responsabilités sans préparer l’exercice pourtant exigeant du pouvoir. Ils aiment, et c’est bien compréhensible – l’adrénaline de la conquête, la dynamique épique du désir mais ne se projettent pas dans la statique du pouvoir qui est aujourd’hui – et c’est bien malheureux – un deuil de l’épopée, une administration des hommes et des choses sans stratégie tangible et crédible.

Cette impréparation entraîne une fatigue démocratique et renforce l’ère du soupçon démocratique. La démonétisation de la parole publique consécutive à une dynamique incessante promesse – déception est inhérente à la vie démocratique telle qu’elle est conçue dans les démocraties libérales fondées sur l’Etat providence. L’Etat providence – c’est sa définition – implique une omnipotence et une omniscience à laquelle le peuple pouvait bien croire alors qu’il possédait tous les leviers économiques, monétaires, sécuritaires et militaires au sortir de la guerre. Les vagues de nationalisations ont contribué à conformer cette suprématie de l’Etat dans la conduite des politiques publiques, l’Etat pouvant s’imposer comme stratège en termes de choix publics. Aujourd’hui – et c’est tout le drame de la démocratie contemporaine – le candidat d’une présidentielle parle la rhétorique de l’omnipotence et de l’omniscience mais sait pertinemment – ou feint de ne pas savoir – qu’il sera condamné à l’inaction ou la moindre action lorsqu’il sera aux responsabilités. L’imposture des campagnes contemporaines est de procéder à une inversion séduisante mais mensongère : le candidat se met en position de pouvoir discrétionnaire alors qu’il est en compétence liée vis-à-vis de Bruxelles et de sa cour de justice, de l’OTAN, de l’ONU, et des pays qui ont une sphère d’influence plus étendue que lui. Le candidat le sait, le peuple le sait de plus en plus mais tout le monde joue cette comédie du pouvoir. Le pouvoir est sur-joué pour donner l’illusion que la puissance n’a pas déserté. La conscience de la déception est anticipée d’où l’importance de l’abstention et l’épuisement démocratique que nous observons depuis une trentaine d’années maintenant.

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