Economie

Société liquide et économie de la substitution : la nouvelle « horreur économique » ?

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La société liquide (Zygmunt BAUMAN, La Vie liquide , 2005) présentée par les libéraux comme une opportunité pour l’allocation optimale des biens et des personnes s’avère sous-optimale : elle crée une dégressivité du savoir-faire, elle favorise des migrations néfastes pour les équilibres économiques, elle accroît les risques de bulles et de paupérisation, et surtout elle favorise une économie de la substituabilité, versant économique du « grand remplacement » théorisé par Renaud Camus.

1 – La liquidation des compétences individuelles : une dégressivité du savoir-faire

La société liquide se manifeste par la mutabilité dans les carrières et par la fin du métier–vocation. Les importants turn-over dans les entreprises fixés autour de 23% dans le monde (cf. graphique ci-dessous) montrent une mutabilité profondément ancrée dans les habitudes professionnelles : l’employé ne construit pas son expérience, il se livre à un zapping professionnel ou à une consommation de son  propre emploi. Comme dans la société de consommation, la satisfaction de l’emploi consommé disparaît de plus en plus vite, et le changement d’emploi risque d’entraîner une baisse tendancielle des compétences acquises. La France a longtemps résisté à cette conception consumérisme du travail qui est désormais un marché comme un autre. Pour améliorer le produit que sont ses compétences (une resucée de la force de travail de Marx), il s’agit de se mettre en processus d’amélioration continue en faisant une formation continue.turn over entreprises .png

Le mythe de la formation continue conduit à une processus continu de qualification jamais achevé qui retarde l’état d’expertise et fragilise la solidité et la stabilité du marché du travail. Si 25% des salariés des petites entreprises sont formés, la tendance de la formation continue est à la baisse en 2018 à cause du coût de la formation mais surtout à cause d’une compétence suffisante des salariés. La formation continue est fondée sur l’idée progressiste et irréaliste selon laquelle le marché du travail demande pour tous des degrés de plus en plus haut de qualification. Ce miroir déformant du progressisme appliqué à l’individu et à la collectivité conduit à retrouver le rêve saint-simonien d’une société d’ingénieurs dans ce qu’il est convenu d’appeler depuis le sommet de Lisbonne du 23-24 mars 2000 l’ « économie de la connaissance ». Cet ingénierie partagée est une illusion servant une économie abstraite et dématérialisée tout aussi vaine et improductive puisque précisément fondée sur une plus-value sans production.

La compétence désincarnée produit de l’immatériel, du virtuel, certes marchéisé et engendrant des plus-values, mais conduisant à une perte de compétences en terme de savoir-faire notamment dans le secteur primaire et secondaire d’où une désindustrialisation inquiétante de la France. Ces compétences fluctuantes et immatérielles ne se traduisent plus en savoir-faire transmissible et solide.

2 – Les migrations comme moins-value économique

Les migrations non régulées sont facteurs de déséquilibre économiques. Elles créent manifestement dans les territoires occidentaux (Allemagne, France, Italie, Angleterre)  des déséquilibres sociaux, politiques qui se répercutent sur l’économie. Tout d’abord, l’immigration entraîne une paupérisation des zones de peuplement et devient un frein à la consommation selon l’approche keynésienne. Les quartiers d’immigration ont un potentiel fiscal faible et une capacité de consommation sous-optimale du fait du sous-emploi, du chômage ou d’emploi peu qualifiés et mal rémunérés.

Ensuite les migrations non choisies sont un frein à l’innovation. L’immigration est un frein à l’innovation dans la mesure où la faiblesse du coût de l’emploi permet de maintenir le coût marginal et à permettre l’accroissement de la profitabilité de l’entreprise qui les emploie. L’arbitrage en faveur de la recherche et développement s’opère lorsque l’optimisation de la réduction des coûts marginaux est effectuée et que l’accroissement du profit passe par l’innovation.  L’immigration a un effet retardateur sur ces décisions stratégiques et la libre circulation du capital humain crée un effet de richesse illusoire qui réoriente fallacieusement la stratégie vers la compression des coûts. Cette innovation mal stimulée n’a pas d’effet multiplicateur  qui se diffuse dans l’ensemble des secteurs économiques.

3 – La vitesse de circulation des biens, des capitaux et des personnes : un accélérateur de virtualité et de bulles spéculatives

La société liquide encourage dans son principe la vitesse de circulation des capitaux, des hommes et des biens. Le mouvement des capitaux et des biens crée potentiellement une plus-value soit en terme fiscal (droits de douane) soit en terme de spéculation, permettant de renchérir artificiellement le bien circulant : plus il circule plus c’est un signe qu’il est demandé, plus donc il se renchérit. C’est la rapidité même du mouvement  dans l’économie contemporaine qui est une plus-value. Le problème est que l’accélération de la vitesse de circulation crée des effets d’illusion. La vitesse de circulation crée ainsi un voile d’ignorance qui empêche d’appréhender la valeur réelle du bien. Cette illisibilité  économiquement anxiogène crée les phénomènes psychologiques d’irrationalité économique où l’obsession de la revente est tout aussi irrationnelle que la frénésie d’achats. La taxe du célèbre James TOBIN avait pour fonction essentielle la réduction de la vitesse de circulation pour éviter cette virtualisation de l’économie et le phénomène de gap entre la valeur du marché et l’appréciation objective de sa valeur. Comme le capitalisme moderne ou capitalisme virtualisé fait sauter les verrous frontaliers (droits de douanes) ou les contraintes normatives, cette circulation a pu accélérer et les politiques économiques n’ont pas su anticiper les phénomènes de bulles spéculatives qui ne peuvent manquer d’arriver lorsqu’aucun régulateur -fiscal ou règlementaire n’est mis en place. La crise de la spéculation sur les monnaies nationales et notamment sur le franc dans les années 1993, la crise dite de l’Internet en 2001 sont directement liées à cela. La crise des subprimes est d’une autre nature car il s’agit d’une crise de l’endettement. La société liquide est donc fondé sur une économie qui est une fantasmatique des valeurs où le prix se détache du réel.

4 – La substituabilité au cœur du capitalisme contemporain : la médiocrisation, paupérisation, disparition de l’Occident ?

La substituabilité des biens est le moteur du capitalisme contemporain.

Lorsqu’un consommateur veut arbitrer pour maintenir un niveau constant de satisfaction, il peut être conduit à arbitrer entre un produit X et un produit Y. Si le produit Y est postérieur et innovant par rapport au produit X, le consommateur va avoir tendance à augmenter le taux marginal de substitution (TMS) en substituant progressivement le produit X par le produit Y comme le montrent dans Microeconomics, Robert PINDYCK et Daniel RUBINFELD. Toute innovation technologique entraîne ces grands effets de substitution (l’arrivée du véhicule par exemple). Les marques créent un effet de substitution à l’intérieur d’un même produit. Ce n’est pas un produit Y que l’on va substituer à un produit X mais un produit X+ qui va bénéficier d’un meilleur conditionnement, d’une meilleure publicité et qui va entraîner un arbitrage favorable du consommateur. C’est la substituabilité des produits qui est au cœur de la guerre commerciale du capitalisme contemporain. Sans substituabilité, chaque produit trouverait sa niche de consommateurs et il n’y aurait pas de concurrence économique. Or, le capitalisme se nourrit de la concurrence pour permettre l’entrée de nouvelles entreprises sur le marché et réaliser ce cercle vicieux de la substituabilité des biens et des personnes : entrée de nouvelles entreprises > offre concurrentielle accrue et rupture de l’équilibre de l’offre > baisse des prix > augmentation de la consommation > hausse des prix > moindre consommation et moindre profitabilité > entrée d’une nouvelle entreprise > etc… . Pour un produit X, les entreprises elles-mêmes sont substituables ce qui explique la faillite de certaines grandes enseignes notamment dans le domaine de la grande distribution par exemple. Le circuit décrit sommairement ci-dessus montre les effets de substituabilité des entreprises qui s’appuie sur la destruction-créatrice de SCHUMPETER. Moteur du capitalisme industriel, la substituabilité des biens est assurée par le progrès technique qui est un véritable créateur de substitution et donc de plus-value, et par l’innovation qui assure la substitution par l’amélioration continue. N’est-ce pas un bien ? Sans aucun doute non car cette destruction-créatrice précipite l’économie dans une innovation circulaire dans des domaines de plus en plus superflus où le superflu se substitue de plus en plus au superflu. D’où une satisfaction de plus en plus importante du superflu et une satisfaction de moins en moins importante depuis quelques années des besoins vitaux au regard de l’accroissement des inégalités sociales dans le monde depuis la crise de 2008. La substitution de la satisfaction du superflu à la satisfaction du besoin me semble être la caractéristique la plus préoccupante de l’évolution du capitalisme contemporain.

Cela est d’autant plus préoccupant que cette substituabilité s’applique aux hommes. Le taylorisme est une doctrine de la substituabilité des hommes dans le processus de production où la différenciation des personnes est effacée au profit d’une contribution rationnelle et collective au process de production. La division scientifique du travail prônée par TAYLOR (1856-1915) notamment dans The Principles of scientific management (1911) théorise cette substituabilité de manière à intégrer l’homme de manière rationnelle dans un processus de production qui souffrait à la fin du XIXème siècle de désorganisation et de logiques corporatistes au détriment d’une organisation du travail  planifiée et efficace. Instrument d’une rationalité planifiée, plus personne n’est irremplaçable dans la mesure où un groupe sufisant d’hommes ont une formation commune et stéréotypée qui permettra la perpétuation d’un savoir-faire, minimal, séquencé, atomisé. Les hommes sont substituables entre eux mais l’invention du taylorisme est surtout la substituabilité de la machine à l’homme, une sorte de continuation de la conception de LA METTRIE, un pur produit de l’esprit des Lumières. Cette substituabilité s’est paradoxalement développée avec l’idéologie des droits de l’homme qui a cassé la perception corporatiste de l’ancienne organisation du travail pour favoriser l’individualisme, assurant la parfaite substituabilité de chaque individu qui en vaut un autre. Elle a trouvé en John RAWLS son théoricien abouti puisque son l’homme rawlsien dépouillé de ses caractéristiques culturelles, historiques, sociales est exactement celui que le capitalisme industriel a souhaité faire émerger, une sorte d’homo novus, suffisamment déraciné, dépouillé de son humanité pour se prêter au remplacement, foncièrement capitaliste, des hommes par les hommes, des hommes par les choses, des choses par les hommes.

Comment ne pas voir dans la substitution programmée des populations une opportunité pour le capital d’œuvrer à une paupérisation et un métissage destinée à lui faire oublier sa grandeur passée et maintenir le moindre coût du travail pour améliorer la profitabilité des entreprises ? Les politiques immigrationnistes irresponsables ont collaboré à cette œuvre de remplacement criminel et ont contribué à l’accroissement du chômage. Le grand mensonge réside surtout dans l’augmentation supposée de la qualification dans les sociétés de la connaissance (imposture de la hausse du taux de réussite des examens en France notamment). L’accroissement d’une petite bourgeoisie, diplômée, moderne, connectée, et paupérisée constitue l’armée des « espérants » à la grande loterie capitaliste qui promet un enrichissement rapide et massif par l’économie virtuelle. Les « cadres » de cette bourgeoisie souvent bobo et intellectuelle est utilisée par le capital pour maintenant la viabilité d’un système fondé sur la substitution de la frustration par l’espoir. L’ « égalité des chances » prônée par le système républicain fait partie de cette imposture politique et de cette tromperie économique.

La substitution est au cœur du fonctionnement capitaliste. Société liquide et substitution sont intimement liées. Dans le domaine économique, la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes, au cœur du projet de l’Union européenne, crée un monstre économique où les asymétries de revenus, de conditions s’accroissent. La substituabilité est un effet de la culture des Lumières et du progressisme positivisme dans lequel nous sommes à bien des égards encore enfermés tant dans le domaine économique, démographique et social, politique, et culturel.

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