Chroniques

17 novembre 2018 : que signifie le mouvement des gilets jaunes ?

maxnewsworldfour658225-3945684Le mouvement des gilets jaunes est d’abord défini par ce qu’il n’est pas, comme souvent lorsqu’on n’a pas le recul historique nécessaire. Ce n’est pas un mouvement politique, ce n’est pas un mouvement syndical, ce n’est même pas une jacquerie spontanée, ce n’est pas un mouvement de pauvres, ce n’est pas un mouvement social dans les formes que nous avons connues jusqu’alors.

Le mouvement des gilets jaunes nous ramène à la problématique, à la ligne directrice de la présidence d’E. Macron : la mobilité.

Le candidat en campagne a été celui de la France qui bouge, branchée, nomade et connectée. Il a défini son mouvement par le terme « En marche » qui, outre l’acronyme EM d’autocélébration,  place la dynamique au cœur de son projet politique. Face à cette France nomade, interconnectée, en réseau, la France périphérique dont parle Christophe Guilluy depuis de nombreuses années, à la sédentarité forcée, dans les marches du monde. Non que cette France soit pauvre, mais elle a subi des vexations ces derniers temps qui ont accentué l’impression de déclassement et de mépris.

Tout d’abord, la stupide limitation de vitesse à 80 km/h s’est imposée à la France des routes départementales, à la France enracinée,  qui est dépendante de la voiture. Outre son efficacité plus que limitée en termes de sécurité routière, elle a départagé plus nettement encore une France qui accélère toujours plus et une France que l’on ralentit toujours davantage.

Ensuite, la surtaxation du diesel avec cette déclaration ahurissante de Benjamin Griveaux sur la France interdite « qui fume des clopes et roule au diesel ». En quelques mots, le porte-parole du gouvernement a caricaturé, mieux qu’Honoré Daumier ne l’aurait fait des bourgeois, le beauf, le Français de la classe moyenne en danger de déclassement et de prolétarisation. Cela a eu le même effet calamiteux que les « sans dents » lorsque les gouvernants caricaturent et ironisent sur leur propre peuple, c’est-à-dire lorsque le gouvernant regarde son peuple comme un peuple étranger, ce qu’il est d’ailleurs en train de devenir avec le remplacement de population et la préférence étrangère institutionnalisée. La fracture est dès lors inévitable.

Par ailleurs, le poids de la fiscalité s’est accru, fiscalité qui est souvent l’étincelle surtout lorsqu’elle touche des populations fragiles : « quasi-gel » des prestations sociales – comme le qualifie Capital– ainsi que des retraites,  croisé avec la hausse de la fiscalité de l’essence, du tabac et plus globalement de la fiscalité verte. Cela est perçu comme une politique fiscale injuste ou orientée vers la classe moyenne supérieure et les classes aisées, ce qui accentue le déclassement de la classe moyenne et tend à la faire tout simplement disparaître. La fiscalité apparaît ainsi comme un accélérateur de cette recomposition sociale extrêmement anxiogène.

Enfin, d’un point de vue plus institutionnel, Emmanuel Macron a fait une erreur de communication politique majeure. En affirmant qu’il ne se rendrait pas au Congrès des Maires de France, il reste sourd à la colère des maires qui se manifeste par le désir de ne pas de représenter pour la moitié d’entre eux (Le Monde, 15 novembre 2018). Il entérine deux espaces politiques distincts : celui d’une présidence jacobine, autocentrée sur Paris, le pays légal et celui des collectivités, du désert français, du pays réel qui ne croit plus à la vertu de la démocratie et s’astreint de plus en plus au silence citoyen.

Le mouvement des gilets jaunes fait entendre le filet de cette voix qui ne veut pas s’éteindre.

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