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Daniel de MONTPLAISIR, Louis XX, Une autre histoire de France

UnknownLe livre de Daniel de MONTPLAISIR Louis XX Une autre histoire de France remplit pleinement sa promesse. Il nous fait non seulement mieux connaître l’héritier légitime du trône, Louis de Bourbon, duc d’Anjou mais il nous entraîne avant tout dans une fresque historique remarquable qui vient se substituer au « Roman national », faisant de l’histoire de France une triste épopée tournée vers l’accomplissement d’une obscure téléologie révolutionnaire. Il s’agit bien d’une « autre histoire », ou plutôt de la même histoire mais avec une échelle plus vaste – L’Europe – , des lanternes décalées, placées de manière à ce que l’on découvre d’autres acteurs, d’autres dates décisives, d’autres héros, d’autres tragédies.

Daniel de MONTPLAISIR est un peu comme Thésée. Placé au cœur du labyrinthe d’une histoire en trompe-l’œil, il va dénouer les fils – complexes sur le plan dynastique – de la légitimité avec cette question lancinante : la renonciation, sous l’égide de Louis XIV, de Philippe d’Anjou au trône de France suite au Testament « explosif » de Charles II de Habsbourg en 1700, engage-t-elle sa descendance et ferme-t-elle définitivement le trône de France à la branche des Bourbons d’Espagne ? Cette question sera prégnante indirectement lors du Traité d’Utrecht en 1713,  à  la mort de Louis XIV en 1715, sous la Révolution, en 1830, en 1947 par le duc d’Anjou et de Ségovie, Jacques-Henri, qui précise que sa renonciation au trône d’Espagne « n’affecte en rien l’intégrité de ses droits et prérogatives attachées à sa qualité de Chef de la Maison de Bourbon » et de manière plus surprenante et cocasse par le tribunal de Grand instance de Paris. Le Comte de Clermont, fils aîné du Comte de Paris, assigne le prince Alphonse devant le TGI de Paris pour lui interdire de porter le titre de duc d’Anjou et d’arborer les pleines Armes de la Maison de France. Le tribunal a déclaré qu’il reconnaissait aux Bourbons d’Anjou le droit de porter les pleines Armes de France, réservant à la branche d’Orléans les mêmes Armes avec le lambel. Dans une savoureuse ironie, une juridiction de la République reconnaissait le prince Alphonse comme chef de la Maison Bourbon, la cour d’appel confirmant le 22 novembre 1989 ce droit pour Louis XX, le renforçant même en donnant à la branche d’Anjou préséance protocolaire sur la branche d’Orléans.

Louis XX Une autre histoire de France réveille, mieux que la technocratie européenne ou les incantations désespérément vides des thuriféraires de l’Europe marchéisée, le véritable esprit européen. Il nous montre le lien de sang et de destin entre la France et l’Espagne, cœur géopolitique de l’Europe. La guerre de succession d’Espagne (1702-1713) fut « la première véritable guerre mondiale », nous dit l’auteur, embrasant tout le continent européen et une bonne partie de l’Amérique, opposant la coalition Franco-espagnole et la « grande alliance » (Angleterre, Saint-Empire Romain germanique). Le livre de Daniel de MONTPLAISIR est une véritable histoire diplomatique avec des alliances qui se font et se défont entre la France, l’Espagne, le Saint Empire romain germanique puis la Prusse, et l’Angleterre, mettant aux prises tout à tour l’Europe latine et l’Europe anglo-saxonne, l’Europe catholique et l’Europe protestante, l’Europe des rois et l’Europe des Empires, l’Europe des républiques et l’Europe des monarchies. C’est une Europe protéïforme à l’histoire complexe mais à l’unité spirituelle, civilisationnelle évidente qui se déploie sous nos yeux, n’en déplaise aux zélateurs de la diversité qui croient que l’on a besoin de l’Autre pour s’enrichir. L’Autre est déjà en nous. Et ce livre le montre à merveille.

Et Louis XX dans tout cela ? Ceux qui attendent une sage biographie, des ascendances directes à l’époque actuelle, en seront pour leur argent. La vie de Louis XX, c’est d’abord celle de sa lignée. C’est la vie de la Légitimité, c’est le rapport passionnel mais jamais fusionnel (!), les tensions parfois vives entre la France et l’Espagne. Louis XX, ce sont les blessures, les grandeurs qui ont précédé sa naissance. Sa vie commence avant sa vie. Pour un duc d’Anjou, la biographie et l’histoire se confondent. Subtilement et habilement, l’auteur parsème son récit historique de citations de Louis XX comme si sa voix se faisait l’écho des événements historiques qui ont constitué sa famille, comme s’il intériorisait l’histoire de France pour la faire sienne, sous nos yeux.

Daniel de MONTPLAISIR nous livre enfin une réflexion passionnante sur la monarchie. Il analyse avec rapidité et concision les défaillances d’un système démocratique républicain en évoquant les dérives d’une appropriation clanique issue d’une « volonté générale » foncièrement capricieuse et aléatoire, mythifiée par l’époque révolutionnaire. Il passe en revue tous les mythes républicains – la  Marseillaise, la devise « Liberté, égalité, fraternité » dont  la République a méthodiquement réussi à pervertir tous les concepts, les formules sophistiques et tentatrices « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple », la froideur du drapeau. Daniel de MONTPLAISIR se penche avec une certaine ironie sur l’arme absolue du système de la Vème République, l’article 89 de la Constitution de 1958 où apparaissent les apories juridiques et politiques de la République : la Constitution faite par les hommes est imparfaite donc révisable. L’alinéa 5 de l’article 89 mentionne que « la forme républicaine du gouvernement ne peut faire l’objet d’une révision ». Il apparaît alors qu’il y a au sein même de la Constitution des articles constitutionnels et un article supra-constitutionnel, ce qui ruine tout l’édifice. Daniel de MONTPLAISIR évoque de surcroît la neutralité de la figure royale, arbitre des différents pouvoirs qui s’articulent, évitant ainsi le « président », qui n’est « roi que pour la moitié du pays ». Mais l’auteur insiste surtout sur l’incarnation du bien commun qu’est le roi pour l’unité, pour la continuité historique de son peuple, si désespérément défaillante aujourd’hui. Il a vocation à mettre fin à la souveraineté individualiste du monde postmoderne, où chacun est à soi-même son propre roi, détruisant ainsi le commun et faisant de la société un agrégat aléatoire et sordide de monades dans une société liquide en proie à l’auto-dissolution. Ce mouvement suicidaire de la civilisation postmoderne, un roi légitime, qui tire sa légitimité de Lois fondamentales, peut seul l’arrêter, en se plaçant au-dessus de la volonté capricieuse des hommes, des passions intempérantes, des intermittences aléatoires du cœur et de la raison.

Et Louis XX donc dans tout cela ? Daniel de MONTPLAISIR, comme nous, semble-t-il, l’attend, pour enfin rendre à la France sa grandeur et sa noblesse.

1 réflexion au sujet de “Daniel de MONTPLAISIR, Louis XX, Une autre histoire de France”

  1. Et après, sur le terrain parmi et avec les.  » gueux » il existe l’Union des Cercles Legitimistes de France UCLF. Org et son site bibliothèque vlr viveleroy.fr pour se revendiquer des lois Fondamentales du royaume et identifier la FRANCE à de jure S. M. Le Roi Louis XX.
    Vive Dieu, Vive le Roi.
    (université d’été Saint Louis 20-24 Juillet 2020 : rgts site UCLF)

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