Lecture

Philippe de VILLIERS, Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au nouveau monde.

UnknownLa crise du coronavirus, nous l’avons bien senti, marque la fin évidente d’une illusion : l’immunité d’une humanité postmoderne, à l’abri du tragique de l’histoire. La métaphore filée de la médecine qui parcourt tout le livre ne concerne pas seulement le récit d’une pandémie mais signe le diagnostic d’une société malade. La maladie a un nom : le Nouveau Monde. Elle a un symptôme : le progressisme.  Elle se manifeste par des accès de fièvres communautaires. Le docteur de VILLIERS fait la radiographie de l’homme nouveau dans un style très paradoxalement fluide, liquide, qui ne se prive pas d’un bon mot, d’un néologisme et d’un paradoxe. Le style, c’est frappant, mime la rythmique de la postmodernité pour mieux la traquer.

Cet homme nouveau a une incarnation, Emmanuel Macron, que l’auteur connaît personnellement, qui s’est présenté à une élection présidentielle alors que l’on demandait pour Davos-France un Chief Executive Officer. Philippe de VILLIERS raconte au premier chapitre la rencontre entre les deux hommes, le 29 août 2016. ll procède à l’anatomie des tiraillements idéologiques et intellectuels qui animent le futur président. Ce dernier est bien le chantre de la start-up Nation, l’apôtre de la partance, du changement perpétuel si cher aux théories modernes du management, le parangon de la société liquide avec son « En Marche » et son choix du nomadisme pour les hommes, les biens, les capitaux. Néanmoins, il semble écouter l’auteur ce soir-là et donne les pièces d’un puzzle politique très loin de son « Pensez printemps » stupide de niaiserie et de progressisme béat. Il parle « mystique » (« Il a raison. Il faut de la mystique ») faisant un pied-de-nez au désastreux « Président normal », pense « que le peuple français pleure encore son roi », dit à un VILLIERS sans doute ébahi qu’il est « prêt » à « briser le cercle des élites financiarisées, américanisées ». Au risque de surprendre le lecteur, je pense qu’Emmanuel Macron sait intimement que le salut de la France passe par-là. La déclaration sur la décapitation de Louis XVI avait en son temps beaucoup surpris. Mais si l’on est sauvé par la demeurance, on est élu par la partance. Le livre de Philippe de VILLIERS, en filigrane, montre que la démocratie républicaine élit sur des mythes : l’ouverture, la nécessaire déculturation pour accueillir l’Autre (« il n’y a pas de culture en France »), la réécriture éhontée de l’histoire (« la colonisation (…) crime contre l »humanité »), l’abolition des Nations au profit d’une synarchie mondiale, les « valeurs républicaines » qui dissolvent les spécificités et la francité.

Philippe de VILLIERS est net sur ce point. Il n’y a pas de « en même temps », formule rhétorique et électoraliste. Emmmanuel Macron sait qu’il a un mandat impératif, qu’il a été choisi contre François Fillon et Marine Le Pen pour conduire une politique toute tracée destinée à abolir le politique lui-même : le remplacisme global, la disparition programmée du peuple français dont les Gilets Jaunes ont représenté une intuition et une résistance. Le type du bourgeois bohême, la bourgeoisie d’extrême-centre, est le relai de cette ingénierie sociale qui a encore montré son emprise lors des municipales 2020.

La construction européenne, cheval de bataille de Philippe de VILLIERS depuis 1994, a été le chantier géopolitique pour signer « la déconstruction de l’Europe véritable » au service d’une « polyarchie délibérative » dans une formule que ne désavouerait pas Jean-Yves LE GALLOU. L’auteur dénonce ce Léviathan postmoderne,  qui nous force au deuil du spécifique, du local, des hiérarchies, de la verticalité au profit d’un monde indifférencié, uniformisé, interconnecté dans un vide sidéral, dans un « Empire non impérial qui doit faire sa déclaration d’interdépendance » selon les mots assez hallucinants de José Manuel BARROSO, ex-président de la Commission européenne.

Pour Philippe de VILLIERS, le « confinement » est venu cristalliser tous les paradoxes de la postmodernité et en a révélé l’essence.

Ce qui a surpris dans cette pandémie, c’est la délégation de la parole politique au fameux « conseil scientifique ». Le discours scientifique est devenu décision politique. Emmanuel Macron renoue ainsi avec le positivisme scientiste du XIXème siècle et avec le saint-simonisme, si prégnant dans sa pratique politique, fondant par là même une « expertocratie ». L’univocité prétendue de la Science s’est avérée un leurre. La « science » a été triée sur le volet par les médias, par les officines politiques et industrielles au grand dam du Professeur Didier Raoult. Nous avons été confinés chez nous et dans le mensonge par un « biopouvoir » et un « technopouvoir ».

Philippe de VILLIERS, avec une ironie mordante, vient toucher où la douleur peut-être vive. Il souligne, avec une jubilation certaine, le paradoxe du marcheur en chef qui intime la sédentarité pour tous, le contempteur des familles qui claustre tous les nomades dans le cercle familial. Le maître-mot de ces deux mois de crise « confinement » exprime le choix, à contrecoeur, de la frontière.

On sait d’où Philippe de VILLIERS parle. La question est maintenant de savoir vers où. Ses dernières déclarations sur la possibilité d’une candidature à la présidentielle de 2022 donnent une tonalité particulière à ses deux derniers chapitres. Le « carré magique de la survie » – frontière, souveraineté, local, famille – paraît être une réponse, une réaction même à la décadence inhérente à « Cosmopolis », au mémoricide orchestré par les Comités Adama en tous genres, au déracinement intimé par l’Open society et ses zélés serviteurs, à la paupérisation des classes moyennes, à la désindustrialisation qui a été un choix désastreux de stratégie économique.

Philippe de VILLIERS nous offre un essai, stylé, stimulant, pas encore programmatique mais qui pose incontestablement des jalons pour l’avenir. Il n’a pas touché à la République, c’est notre regret, comme s’il croyait encore au monarque républicain. Tout ce qui est développé dans ce livre appellerait me semble-t-il la figure du Roi, celle de l’irremplaçabilité politique, celle de la demeurance que Philippe de VILLIERS aime tant, celle encore de l’Incarnation. Les « réfractaires » , prêtres ou gaulois, ne sont-ils pas en définitive la figure contre-révolutionnaire par excellence ?

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