Economie, Lecture

La Grande réinitialisation, utopie ou dystopie ?

Covid-19 : la Grande réinitialisation a été publié en juin 2020 alors que la plupart des pays étaient en situation de confinement. Klaus SCHWAB, fondateur et président du Forum économique de Davos et Thierry MALLERET, directeur d’un service d’analyse prédictive  Monthly Barometer livrent une analyse sur l’impact que pourrait avoir la pandémie de la Covid-19 et appellent de leurs vœux une réinitialisation multisectorielle : économique, environnementale, politique, géopolitique et anthropologique. 

Quelques remarques préalables avant d’aborder la recension du livre et à travers lui l’analyse du Great Reset. 

Il n’y a pas de complot. Le livre est public, facilement accessible. Rien n’est caché et les auteurs déploient, en toute transparence, les transformations du monde qui leur semblent nécessaires.

Les lecteurs du site connaissent mon peu de sympathie pour Davos. J’essaierai néanmoins, de m’en tenir, honnêtement si j’ose dire, à la lettre du livre, en me permettant bien sûr d’apporter un regard synthétique sur les phénomènes structurants explicites ou implicites mais sans extrapoler de manière excessive sur les prétendues intentions des auteurs. 

Le livre se compose de trois parties : la réinitialisation « macro » concernant respectivement le cadre conceptuel, l’économie, le sociétal, la géopolitique, l’environnemental et la technologie, la réinitialisation « micro » (industrie et entreprises) et la réinitialisation individuelle. La structure du livre obéit à un effet de zoom montrant que la Grande réinitialisation doit toucher les superstructures et les politiques publiques mais aussi et surtout adopter une approche mentale spécifique fondée sur une anthropologie nouvelle.

Les phénomènes structurants de la Grande réinitialisation sont les suivants.

Une conception chaotique de l’histoire.

Pour Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET, la pandémie de la Covid-19 marque une rupture historique majeure. L’expression curieusement récurrente du livre « Dans l’ère post-pandémique », suggère l’idée que les grandes catastrophes naturelles, sanitaires sont un moteur de l’histoire dans un processus de destruction créatrice : « (…) les pandémies ont très probablement toujours existé et ont fait partie intégrante de l’histoire de l’humanité depuis que l’on a commencé à se déplacer ; au cours des 2000 dernières années, elles ont été la règle et non l’exception. En raison de leur nature intrinsèquement perturbatrice, les épidémies se sont avérées, tout au long de l’histoire, être source de changement durable et souvent radical ». Les auteurs voient ainsi dans les épidémies et dans le chaos engendré par elles un accélérateur de l’histoire, un moment disruptif qui va permettre aux hommes de créer des changements dans leurs structures politiques ou leur conception anthropologique : la peste noire de 1347-1351 a conduit à la constitution de l’Etat moderne, à la fin de la féodalité et même, de proche en proche, aux Lumières et s’avère « le début non reconnu de l’homme moderne »). L’histoire de l’homme est ainsi superposable à l’histoire de ses pandémies. Cela explique le caractère profondément structurant de la Covid-19 dont le chaos est en fait un Kairos, une « occasion unique (…) d’opérer un changement positif, durable et viable » (pp 195-196), réveillant les capacités de « résilience » des sociétés.

La fin du capitalisme spéculatif ?

C’est un paradoxe saisissant du livre. Le Forum économique de Davos est le creuset d’une pensée libérale et libertaire, d’un capitalisme foncièrement spéculatif, ayant promu durant les 50 ans de son existence la libre circulation des biens, des capitaux et des personnes, les circuits longs, le mouvement perpétuel, la liquidité et l’accélération des flux. Or, la Grande réinitialisation est un revirement spectaculaire de cette perspective. La dépendance des décideurs politiques à l’égard du PIB est dite « excessive », le sacrifice de quelques vies pour « sauver la croissance » est qualifié de « sophisme économique », la finance même est perçue comme une « obsession » (p. 105). C’est le modèle même de la mondialisation libérale pensée par le fameux Cercle de la Raison qui est remis en cause : « Le modèle de mondialisation développé à la fin du siècle dernier, conçu et construit par les entreprises manufacturières mondiales à la recherche de main-d’œuvre, de produits et de composants bon marché, a trouvé ses limites » (p. 204). Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET opposent à ce modèle de circuits longs, de détours de production et de flux-tendus un modèle fondé sur le raccourcissement des circuits, la sécurité des approvisionnements et l’ « optimisation de la valeur de bout en bout » : le « coût marginal » n’est plus le référent unique de la profitabilité des entreprises, la « maximisation de l’efficacité et des profits » doit laisser place à un nouveau capitalisme, le « capitalisme des parties prenantes » qui serve tous les agents et pas seulement ceux qui détiennent des actions. Ce nouveau capitalisme, fondé sur des stratégies ESG (environnement, social et gouvernance), est censé être « inclusif » à l’égard de tous les acteurs économiques, sur toute l’échelle des valeurs. 

En première lecture, on retrouve le capitalisme partenarial et un renouveau de la pensée social-démocrate adaptée à la Quatrième révolution industrielle. On pourrait même y voir l’arrêt de mort de la société liquide étudiée par Zygmunt BAUMAN. Le modèle des hubs, caractérisés par les métropoles mondialisées reliées par des moyens de transports optimisés et qui représentait la nouvelle géographie du capitalisme spéculatif et concentrationnaire, semble désormais hors-jeu : « Avec la possibilité de travailler à distance, les grandes plaques tournantes ayant bénéficié d’une croissance économique plus forte que d’autres villes ou régions à proximité pourraient commencer à perdre des travailleurs au profit des villes en expansion du niveau suivant » (p. 228). Avec la baisse prévisionnelle des voyages d’affaires, le recul possible du tourisme international, le réseau physique qui reliait ces hubs est appelé à se « dé-densifier ». La fracture étudiée par Christophe GUILLUY entre les métropoles mondialisées et les régions périphériques tendrait à se résoudre et l’appel des auteurs à la revalorisation salariale des acteurs de la gig économy et des secteurs redécouverts comme essentiels (livreurs, personnels de santé) semblent faire ouvrir, à s’y méprendre, « le temps des gens ordinaires ». Quand Davos rencontre Demos… Mais, malheureusement, les choses ne sont pas aussi simples car cette liquidité n’est pas annulée, elle est déportée. 

La numérisation intégrale

C’est un point fondamental et saillant de la Grande réinitialisation. La transformation numérique est un phénomène visible et déjà amorcé à plus ou moins grande échelle dans les administrations ou les entreprises : agendas numériques et collaboratifs, usine 4.0, visio-conférences. Mais la pandémie a été un catalyseur et un accélérateur de ce phénomène comme en témoigne l’accélération exponentielle du e-shopping, des e-conferences à travers l’utilisation de Zoom notamment. Il s’agit plus globalement du passage de la chose aux « e-choses », une des caractéristiques de la Quatrième révolution industrielle. L’internet des objets (IoT) a connu une véritable poussée lors du confinement notamment dans l’économie (maintenance des équipements, la gestion des stocks, automatisation robotisée des processus) ou dans notre quotidien à travers la domotique ou le paiement à distance.  Nous passons d’une civilisation où le contact était la marque de la confiance, de la sociabilité, à une « économie sans contact » et plus généralement à une société sans contact, le « geste barrière » étant le symbole de cette séparation avec l’autre par précaution sanitaire. La numérisation est l’instrument de cette distanciation « impérative ». Elle est surtout l’instrument d’une sorte de darwinisme économique qui va sacrifier certains secteurs et en valoriser d’autres : la restauration, le commerce de détail, les loisirs notamment qui étaient les lieux de contact et de socialisation par excellence. Il est à noter que les choix politiques opérés en France lors du deuxième confinement (de novembre 2020 à janvier 2021) concernant la fermeture des restaurants, bars, cinémas correspondent exactement à cette vision, le gouvernement étant de ce point l’exécuteur testamentaire de ces secteurs économiques littéralement sacrifiés. 

Cette numérisation – le terme lui-même de Grande réinitialisation appartient au domaine informatique – n’est pas sans analogie avec l’univers philosophique de LEIBNIZ : des monades, les individus – qui par l’informatique – créent un réseau ordonné à une harmonie universelle et préétablie. Le règne du logiciel impliqué par la numérisation montre cette concaténation entre le logique et le vivant que l’intelligence artificielle (IA) et l’homme augmenté viennent corroborer et parfaire pour ainsi dire. L’insistance sur le « bien-être » est révélateur de ce souci d’harmonie entre le destin des parties et celui du tout : « Le bien-être doit être abordé de manière holistique ; nous ne pouvons pas nous sentir bien individuellement dans un monde qui souffre ». Pour Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET, il s’agit en effet d’optimiser l’articulation entre le bien-être individuel et le bien-être collectif qui devient la recherche du mieux-être possible du tout et des parties, l’un ne pouvant exister sans l’autre. Pourquoi cette insistance sur la proximité avec la pensée leibnizienne (qui mériterait une analyse plus approfondie) ? La réflexion des auteurs s’inscrit dans un optimisme philosophique qui pourrait expliquer la porosité de leur approche au progressisme, à la pensée des Lumières. Le numérique est le support d’une Théodicée sans Dieu régulant désormais les rapports sociaux, les rapports économiques, contenant les règles du jeu d’un monde dont l’harmonie et la régulation sont assurées par lui. La fin envisageable du dollar américain pourrait laisser place à une « monnaie virtuelle mondiale » dont les prémisses apparaissent avec l’apparition d’une monnaie numérique nationale testée dans 4 villes chinoises en 2020. La perspective d’une monnaie virtuelle mondiale n’est pas sans faire penser au rêve leibnizien d’une langue universelle, cryptée. On a d’ailleurs du mal à concilier cette possibilité avec la fin attendue du capitalisme spéculatif, le caractère virtuel, flottant de ces monnaies cryptées ouvrant des opportunités importantes pour la spéculation. 

Un nouveau contrat social

Par ce thème qui entre dans le chapitre intitulé « Réinitialisation sociétale », Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET s’inscrivent dans la tradition du contractualisme philosophique caractéristique notamment de l’esprit des Lumières. L’ambiguïté maintenue entre les termes « social » et « sociétal » montre qu’il s’agit davantage d’un contrat sociétal que d’un contrat social à proprement parler, le contenu dudit contrat étant à peine ébauché. Par contre, il s’agit pour les auteurs de construire à l’échelle mondiale une société plus « inclusive » reposant sur des valeurs communautaristes nettement affirmées : protection des communautés Afro-américaines, l’affaire George Floyd de mai 2020 étant emblématique d’une société du rejet (p.280), « égalité des sexes et les droits des LGBTQ ». Si « (L)a jeune génération est fermement à l’avant-garde du changement social », elle doit manifestement être le support du changement sociétal et garantir à l’avenir la mondialisation de l’Etat de droit. On devine à partir de là, les politiques éducatives induites par ce rôle donné à la jeunesse. Il s’agit de l’éduquer à l’inclusion, au respect des communautés, à une « moraline » assez désastreuse pour la construction intellectuelle. 

« L’offre plus large, voire universelle, d’assistance sociale, d’assurance sociale » (p. 110) est une allusion à la possibilité d’un revenu universel, jamais expressément évoqué, mais qui semble pouvoir être la manifestation politique de ce nouveau contrat social. 

Il est signifiant que les auteurs évoquent à plusieurs reprises dans l’ouvrage la perspective d’une « politique quantique » : « Pour garder la métaphore du ‘monde quantique’ mentionnée plus haut, on pourrait déduire de la physique quantique que la réalité objective n’existe pas ». Ce relativisme philosophique et politique s’inscrit pleinement dans la tendance d’une morale droit-de-l’hommiste portée à la tolérance, la bienveillance, l’inclusion comme le prône un Jacques ATTALI ou le courant actuel des penseurs de l’hybridation. Le développement sur l’ « équité », « essentielle à l’harmonie de la société » (p. 252) est une transposition de la charité chrétienne sans Dieu, un impératif catégorique de la « bienveillance » dont l’ouverture à l’autre est la manifestation et le « nationalisme », maintes fois évoqué, le contre modèle. 

Il s’agit bien, en effet, d’un contrat social sans nation, un contrat sociétal abstrait fondé sur des valeurs sans ancrage. Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET voient dans la résurgence du sentiment national, consécutive à l’échec du mondialisme révélé par la propagation de la COVID-19, un grave danger pour cette sociabilité universelle : « Mais il y a un côté sombre à tout cela. Cela déclenche également une montée des sentiments patriotiques et nationalistes, avec des considérations religieuses et ethniques troublantes qui entrent également en ligne de compte. En fin de compte, ce mélange toxique fait ressortir ce qu’il y a de pire en nous en tant que groupe social » (p. 244). Cette toxine à chasser n’est autre que la définition pure et simple de la civilisation ! L’ancrage territorial, la frontière, le sentiment d’appartenance à une culture spécifique est un poison contre lequel il convient donc de se vacciner. Le « contrat social » induit par Klaus SCHWAB est un contrat de désancrage, d’oubli des appartenances, la jeunesse étant la figure de proue attendue de cette civilisation du Léthé. Les peuples historiques, indigènes, sont de fait exclus de ce contrat social qui demeure un contrat entre les happy few de la mondialisation postmoderne et de la cancel culture : les communautés, les minorités. Demos semblait entrer par la fenêtre, il ressort manu militari par la grande porte… 

Une synarchie ? 

Quel cadre politique donner à cette grande réinitialisation ? Les auteurs amorcent une réponse en s’appuyant sur le « trilemme de la mondialisation » de Dani RODRICK, économiste à Harvard. RODRICK suggère que les trois notions, mondialisation économique, démocratie politique et Etat-nation sont « mutuellement irréconciliables » : « (Si) l’Etat-nation et la mondialisation prospèrent, la démocratie devient intenable » et « si la démocratie et la mondialisation se développent toutes deux, il n’y a plus de place pour l’Etat-nation ». En adoptant cette thèse, les auteurs s’engagent dans un syllogisme implicite : la mondialisation est inéluctable et même souhaitable, donc il faut choisir : la démocratie ou l’Etat-nation. Le choix des auteurs se porte naturellement sur la « démocratie », mais une démocratie comme suspendue en l’air, sans structure politique nationale, sans assemblée clairement définie et surtout sans Demos puisque la nation n’est plus un cadre pertinent pour le définir. Les auteurs déplorent une « si forte dissonance entre les impératifs nationaux à court terme et les défis mondiaux à long terme » et regrettent qu’il n’y ait « aucun comité pour sauver le monde ». (p.130). L’absence de gouvernement mondial est ainsi perçue comme « une décadence institutionnelle générale » dont la COVID-19 serait la patente manifestation. Nous ne sommes pas loin d’un appel à un Comité de salut public mondial ! Les auteurs appellent de leurs voeux une démocratie à l’échelon mondial, avec de fait une gouvernance mondiale. Le Brexit et l’action protectionnisme du président Trump sont perçus comme des manifestations de résistance à la mondialisation, une « dé-mondialisation » progressive (p.121) qui appelle une alternative politique, sans doute peu éloignée de la synarchie. Or, c’est un paradoxe, les auteurs soulignent eux-mêmes la réussite des petits Etats (Singapour, Islande, Corée du Sud et Israël) dans le traitement de la crise de la COVID-19 affirmant que les superpuissances ont été « hautement dysfonctionnelles » (p. 142). Les auteurs répètent comme un mantra la nécessité d’une gouvernance mondiale, a minima d’une coopération internationale fortement intégrée, mais les mécanismes démocratiques ne sont aucunement détaillés et le modèle de l’Union européenne si souvent invoqué tend à promouvoir une expertocratie et une technocratie dont le Demos est totalement absent…

L’épineuse question des libertés publiques : la Grande réinitialisation, un kolkhoze postmoderne ? 

Les libertés publiques, telles que définies à partir de 1945, et lorsqu’elles sont pleinement exercées, présentent une menace sanitaire et il convient de les mettre en balance avec la sécurité sanitaire dans un arbitrage coûts-avantages. « Le traçage des contacts s’est avéré faire partie des éléments clés d’une stratégie réussie contre la COVID-19 » (p. 180). Le contact tracing et le contact tracking permettent de suivre les mouvements de l’utilisateur d’une application en temps réel. La mesure n’est efficace que si elle est suivie par tous. Les auteurs détaillent les mesures coercitives prises par les Etats pour assurer la traçabilité de tous à tout moment : traçage sans consentement par les données des téléphones portables ou des cartes bancaires en Chine et Corée du Sud, application TraceTogether à Singapour avec envoi anonymé des données stockées au ministère de la Santé. Le phénomène reste cantonné à l’Asie mais la Commissaire européenne à la Concurrence Margrete Vestager opère une distinction aussi comique que dystopique : « Il s’agit de suivre le virus » et non pas la personne qui le porte… Cette mise en commun des données numériques sous la surveillance des Etats – utiles pour le coup – est nommée capitalisme de surveillance. Mais il s’agit davantage d’un kolkhoze immatériel et numérique, les données engendrées par une personne ne lui appartenant plus en propre. La question de la « vie privée » est, du reste, abondamment évoquée dans l’ouvrage comme si les auteurs étaient pleinement conscients d’une socialisation progressive et nécessaire de la sphère privée, d’une mise en commun progressive de ce qui est propre. L’égalisation des conditions souhaitée par les auteurs pour lutter contre les injustices sociales n’est pas sans faire penser à l’idéal socialiste, réactivé et recontextualisé dans la postmodernité : le revenu universel possible, l’abandon de certaines libertés publiques fondamentales, la table rase sur le passé historique des peuples indigènes, la réinitialisation individuelle, jusqu’au « démantèlement du culte de la célébrité », tout cela me paraît relever ou ébaucher un communisme postmoderne, un « bolchévisme 2.0 » (Faits & Documents n° 487).

Une nature contre-nature

La question environnementale est prépondérante dans l’ouvrage. Les auteurs l’affirment sans ambages : « La destruction de la biodiversité causée par l’homme est à l’origine de nouveaux virus comme celui qui est à l’origine de la COVID-19 ». Ils appellent à repenser notre rapport à la nature dont nous nous sommes « tant éloignés ». Dans le prolongement du plus pur écologisme militant, Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET nous invitent à adopter des comportements de consommateurs éco-responsables et à faire baisser l’empreinte carbone dans le cadre du Green deal posé par la Commission européenne. La numérisation – paradoxalement pourrait-on dire – est l’instrument de cette restauration de la nature car elle va engendrer une diminution mécanique de l’empreinte carbone (diminution des transports et autres activités fortement carbonées). Plus surprenant est le passage sur l’agriculture considérée comme « l’activité économique qui perturbe le plus la nature ». Les auteurs ne mentionnent pas spécialement l’agriculture fortement intensive mais paraissent viser l’activité humaine de transformation de la nature qui constitue au contraire le point de contact entre l’homme et la nature. Cette critique en règle de l’activité agricole acte la coexistence entre une nature préservée certes – c’est important – et une humanité qui en est exilée, qui vit à côté d’elle sans l’exploiter ni même la rencontrer. Tout au plus la visite-t-elle comme un musée, l’humanité ne faisant plus partie de la nature pour ainsi dire. Le projet du Great Reset, en excluant l’homme de la nature, peut ainsi ouvrir l’ère d’une artificialisation intégrale de l’homme – idéal de « l’homme augmenté » – sans blesser ni la nature ni nos consciences. Si j’allais plus loin, je dirais que la « nature », dans le Great Reset, est un univers dont il faut remodeler l’intégrité pré-lapsaire, l’homme passant définitivement du côté de l’artefact, de l’artifice, des données. L’écologisme et le post-humanisme sont les deux faces d’une même pièce. 

La Grande réinitialisation est avant tout ce projet de remodelage de l’homme sous l’égide trompeuse de la bienveillance et du progrès. Une dystopie à visage utopique…

Klaus SCHWAB et Thierry MALLERET nous avertissent que les livre fera l’objet de rééditions augmentées en fonction de l’évolution des événements. Nous le suivrons à la trace – nous aussi ! – car la parole du président du Forum économique de Davos est presque de nature performative. Ce qui est dit devient un « agenda » et nous ne pouvons nous laisser déposséder de nous-mêmes, de notre civilisation, de notre passé et de notre avenir sans réagir !

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