Chroniques, Institutions

La République aphasique : leçons sur le 1er tour des élections régionales et départementales du 20 juin 2021

Le premier tour des élections régionales et départementales a apporté, dimanche 20 juin, son lot de surprises politiques. Parmi elles, la plus structurelle me paraît être l’abstention de 68%, un chiffre spectaculaire qui s’inscrit pourtant à contre-temps. La France est au cœur d’une crise migratoire majeure qui déconstruit notre identité. Elle affronte une crise dite « sanitaire » qui n’est autre qu’une stratégie politique visant à discipliner la société française en vue d’adopter les principes du Great Reset, la Grande réinitialisation. La France est allée de confinements en protocoles sanitaires, de la mystique du vaccin à la levée soudaine de contraintes, mal contrôlée. Tous les indicateurs d’un mécontentement étaient présents. La demande politique était potentiellement là. Et pourtant, l’offre politique des élections du 20 juin n’a pas trouvé sa demande. 

C’est somme toute assez compréhensible dans la mesure où l’offre déployée par les partis se résume à une idéologie et une seule. Celle de l’extrême-centre, le mouvement du grand consentement au Great Reset, à l’invasion migratoire selon le principe de « fraternité », au « devenir-banlieue » de nos métropoles sous prétexte d’inclusion, au saccage de nos paysages à coup d’éoliennes sous prétexte d’écologie, à la folie vaccinale, à l’effondrement de notre système éducatif sous couvert d’égalité. De LFI à LR, voire à une partie du RN, nous avons le nuancier du remplacisme global, du Grand mutisme sur les problèmes réellement structurants. Nous avons la politique des passéalités qui met dans l’ombre les actualités, celles qui se jouent sans nous, qui avancent sans nous, qui préparent dans le silence notre vie future. Les Français sentent bien que le discours de l’extrême-centre est décalé. Il ne parle plus de leur monde. Il met entre les mots et les choses une pellicule d’idéalisme qui maquille intégralement l’horreur de ce que nous sommes en train de faire de l’Occident. Richard Millet a récemment publié un texte éloquent sur le « Bas-ventre » de Paris. L’actualité est placée sous le signe de l’obscène. Les passéalités à travers le discours médiatique mettent en scène un monde qui n’existe plus : le vivre ensemble, la fraternité, l’ouverture, la mobilité, la République une et indivisible. Cette faille linguistique entre les mots de l’offre politique et ceux de la demande conduit fatalement à une rencontre impossible. Ceux qui sont allés voter dimanche, dans leur majorité, soit acceptent l’actualité du Grand remplacement, en souhaitent l’accomplissement (LFI jusqu’à une partie de LR), soit le déplorent mollement et se disent qu’il demeure un espace de gestion, de négociation où la catastrophe peut être contenue (LR et une partie du RN).

Mais cette abstention impressionnante révèle à mon sens une crise plus profonde.

Il y a tout d’abord une crise dans la République. Telle que fondée par la Révolution, le concept de souveraineté nationale conduit le pouvoir législatif et exécutif à être maître de l’agenda politique. L’agenda démocratique est celui qui organise en effet l’alternance des pouvoirs et des politiques publiques conduites. Cela a pris une forme caricaturale et politiquement invivable sous la IVème République mais la Constitution de la Vème République a su donner stabilité à un agenda démocratique ritualisé, lisible, organisant rationnellement l’alternance des mandatures. Or, les interdépendances construites durant tout le XXème siècle entre l’Etat, l’UE, les traités internationaux, les cercles influents ou les entreprises (les Titans et les Géants) ont progressivement substitué à l’agenda démocratique un agenda davocratique qui a ses acteurs, son rythme, sa clientèle. L’Agenda 2030, organisé autour du Great Reset décrit par Klaus Schwab et Thierry Malleret, est totalement déconnecté des logiques électorales, se déploie sans elles, en toute autonomie. Comment ne pas comprendre cette acédie démocratique, l’abstention, lorsque vous sentez confusément que votre geste politique ne modifiera pas réellement l’agenda de la polis ? Le mouvement des Gilets Jaunes fut à mon sens la contestation, parfois inconsciente, de cet agenda impolitique sur lequel les décisions politiques n’ont aucune prise. C’était la voix de Demos contre Davos. Cela, les médias se sont bien gardés de le dire. Derrière ces 68% d’abstention, il y a un retour à l’invisibilisation, un retour au silence de cette France qui se voit disparaître mais qui ne trouve plus la méthode politique pour sa propre restauration.

Mais cette abstention n’est pas simplement révélatrice d’une crise dans la République qu’une modification du mode de scrutin par exemple pourrait réparer (la proportionnelle, le RIC, la pratique référendaire). Elle révèle surtout une crise structurelle de la République.

Il y a comme une usure de l’expression politique voire une crise de la volonté comme moteur essentiel du politique. Dans la conception politique révolutionnaire, les lois fondamentales du Royaume, les lois de la nature sont reléguées au nom de la Loi issue de la volonté générale. La volonté générale, incarnation de la Nation et creuset de la production constitutionnelle et législative, se donne à elle-même sa propre loi, sans autre référent qu’elle-même. L’homme, auto-nome, y est seul, sans rien autour de lui : ni Dieu, ni nature. Cette toute puissance de la volonté, entretenue par la mystique républicaine, les Français semblent insensiblement en revenir.

Politiquement, la volonté démocratique s’éparpille dans des échelons éclatés (la commune, le département, la région, l’Etat, l’Europe). Elle doit épouser le mille-feuille politique flanqué de ses compétences spécifiques dont aucune ne traite dans leur intégralité les problèmes auxquels les Français doivent faire face. Dans l’état de « délitement » où se trouve la France, dire que le premier tour « s’est joué sur le local » est, sans doute exact, mais démontre que la réponse à ce délabrement ne passe plus par les voies politiques issues du régime républicain. Cet éparpillement démocratique contribue à l’usure de la volonté qui en est théoriquement le moteur. Les Français sentent confusément que trop d’instances tuent l’autorité, trop de votes tuent la décision, trop de démocratie tue la légitimité. Le choix démocratique se parcellise, s’ « archipellise » pour reprendre l’expression de Jérôme Fourquet et le peuple qui vote n’a plus à choisir une vision synthétique de la France de demain. Cela, l’Agenda 2030 de Davos s’en charge. Aux Français on réserve la « vie démocratique », celle qui anime les quartiers, les associations, opère le choix d’exécutifs locaux voire nationaux dont on sait pertinemment qu’ils ne président pas aux grands choix de civilisation auxquels la France doit, sans attendre, se préparer. Les Français sont tout simplement privés des choix de civilisation qui préparent leur destin. On leur fait vouloir le secondaire. Il ne peuvent plus vouloir l’essentiel d’où ces fameux « 68% »…

Il y a quelque chose de grippé dans les mythes fondateurs de la République et ce premier tour nous l’a cruellement montré : La volonté ? Là est bien le centre du problème. Une chose est-elle légitime parce qu’elle est voulue, ou tire-t-elle sa légitimité de ses vertus propres, rarement éprouvées du reste dans une campagne électorale ? La représentation ? Elle semble ne plus répondre à la demande politique actuelle. La représentation apparaît pour ce qu’elle est : une fiction politique, une sorte de transsubstantiation de la volonté politique dont la mystique n’opère plus. La démocratie ? Elle est aujourd’hui sans Demos et sans Kratos.

Dans ce théâtre d’ombres dont la démocratie dite « représentative » – on pourrait dire « de représentation » – est le metteur en scène, comment s’étonner de cette éclipse du peuple ?

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