Ordre public et politique sociale

La disparition de la culture ouvrière

 

ouvriers-dans-la-chapellerie-a-chazelles-sur-lyon-en-1945-5-fi-5100-._img.jpgLa société a connu deux étapes cruciales qui ont profondément restructuré la culture ouvrière : la tertiarisation de l’économie et la promotion mondialiste et post-industrialiste de l’ « économie de la connaissance ».

La désindustrialisation et la libre circulation des biens des capitaux et des personnes ont contribué à des mutations de la culture ouvrière constituée pourtant par la deuxième révolution industrielle. Cette culture ouvrière a déterminé les clivages politiques et intellectuels de la fin du XIXème au XXème siècle. Dans l’approche marxisante, l’ouvrier est la figure d’un homme déshumanisé par le capital et l’automatisation des moyens de production. Le travail de l’ouvrier lui échappe, est acheté sous la forme d’un salariat qui est inférieur au produit de son travail d’où l’idée d’une d’exploitation et d’une forme moderne de servage par la bourgeoisie financière.

Ce discours et cette vision sont encore opérants aujourd’hui sous le vocable de « travailleurs » pour les partis comme Lutte ouvrière reprenant inlassablement cette antienne. Sauf que la culture ouvrière a été  progressivement déclassée. La « conscience de classe » à laquelle appelaient les marxistes de Georg Lukàcs à Karl Korsch ou Louis Althusser en France s’est heurtée à la tertiarisation des sociétés occidentales et à la robotisation progressive des moyens de production qui modifie la conception du travail et la place de l’homme dans les process de production. Une entreprise a besoin d’un concepteur du process, d’une maintenance des moyens de production, d’un contrôle qualité (qualité de la production, qualité de vie au travail) de plus en plus prégnant dans la culture d’entreprise ce qui favorise l’ingénierisation de l’entreprise d’où la démultiplication des ingénieurs, sous-payés certes, mais qui ont décentré le rôle autrefois visible et primordial de l’ouvrier dans l’appareil de production.  Les 6.3 millions d’ouvriers n’occupent plus que 20.5% des emplois alors qu’ils en occupaient 40% en 1970. C’est l’industrie qui a perdu le plus d’emplois (1.4 millions) du fait d’une tertiarisation du métier. Un article de Perrine Mouterde dans Le Monde évoque les « ouvriers invisibles ». En effet, la forte visibilité passée des syndicats, leur présence centrale et active dans les process de production se sont étiolés ce qui a conduit à un effacement progressif de la conscience ouvrière comme concept politique.

Cette marginalisation de la culture ouvrière a entraîné de facto la disparition progressive du Parti communiste, la montée du Front national en réaction à cette invisibilité croissante. La doctrine du think tank Terra Nova a entériné cette invisibilité progressive en considérant que le monde ouvrier ne constituait plus une clientèle électorale rentable et leur a substitué les minorités dites « visibles ». Ce choix d’un électorat visible au détriment d’un électoral de plus en plus invisible est une des trahisons majeures de la gauche face à un électorat historique et autrefois fidèle. La désaffiliation entre la gauche et le monde ouvrier vient du fait que la gauche a déconstruit sa sociologie traditionnelle au regard de la mondialisation acceptée et assumée. L’ouverture des frontières a périphérisé sa place dans le processus de production. L’afflux de populations immigrées a périphérisé sa place dans les aires urbaines dans la mesure où il a été progressivement chassé des faubourgs (années 80) puis des banlieues (années 90 et 2000) pour se retrouver dans le périurbain. Christophe Guilluy a bien montré cette sortie de l’ouvrier du champ politique ainsi que du champ urbain. Les médias (canal + au premier chef) et certaines productions cinématographiques (dans les années 80 notamment) ont d’ailleurs mené leur travail de ringardisation et de beaufisation de l’ouvrier qui a été dé-classé et déconsidéré.

L’alliance objective entre la droite et le monde ouvrier est une réponse à ce mépris de la gauche à son égard. La culture ouvrière se caractérise aujourd’hui par un conservatisme évident tant en termes de moeurs que d’environnement patrimonial. Les élites mondialistes ont tout à gagner à faire disparaître cette dangereuse engeance au profit d’ingénieur dociles, américanisés et soumis.

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