Politique institutionnelle

Bien commun et régime démocratique

Le Bien commun est une notion théologique au XIIIème siècle que Saint Thomas d’Equin définit comme l’appétence commune à l’ensemble de la Création de tendre vers le Créateur commun.

Le bien commun est en effet d’abord une notion théologique

Tout d’abord, le bien commun est la reconnaissance d’une paternité commune qui est le seul bien vers lequel tendent tous les hommes, en nature et en grâce. Cette paternité commune implique une fraternité commune non seulement entre les hommes mais aussi avec tout le vivant. Cette fraternité naturelle de tout être vivant engendre naturellement « une écologie » mais qui n’a strictement rien à voir avec l’écologie gauchiste, infantile et régressive des verts ou d’autres mouvements soixante-huitards, progressistes et communautaristes. Il s’agit d’une écologie nouvelle fondée sur le respect du vivant et de la nature participant de la création et en tant que telle objet de respect naturel et ontologique. Ce principe d’une écologie chrétienne implique nécessairement ontologiquement et naturellement  la reconstruction de digues que la société post-soixante-huitarde à faites sauter et qu’il convient de remettre sur pied : tabou de l’euthanasie, tabou de la procréation médicalement assistée, de la gestation pour autrui, de la sélection artificielle des êtres par l’avortement eugénique, de la peine de mort instaurée par l’Etat, répression des atteintes à la nature sous forme de pollution ou de gestes criminels (incendies de forêt, etc).

Ensuite, le bien commun permet de penser le politique en dehors de la logique machiavélienne qui est à l’œuvre dans la pensée politique depuis le XVIème siècle. La logique de la raison d’Etat, la primauté des fins sur les moyens, introduit une rupture entre la politique et la morale, la politique et la vision intellectuelle, la cité terrestre et la cité de Dieu. Ce nouveau paradigme de la séparation laisse la cité sans Dieu et introduit une coupure radicale entre le bien individuel, égoïste et le souverain bien commun à tous les hommes. Le bien commun (bonus communis chez Saint Thomas d’Aquin) relève de cette appétence spirituelle vers Dieu qui unit tous les hommes dans une perspective à la fois ontologique et politique. Loin de n’être que la réalisation des intérêts individuels, ou la somme des intérêts individuels assurant l’intérêt collectif, le bien commun relève d’une conformation à la vocation de tous les hommes à savoir la communion fraternelle en Dieu.

La recherche du bien commun implique-t-il le régime démocratique ?

L’assimilation de la démocratie au bien commun est une évidence pour nous aujourd’hui dans le cadre d’une anthropologie individualiste et libérale qui considère que la volonté prime sur le vrai, que c’est le choix libre et volontaire qui constitue la valeur de la chose. A partir de cette anthropologie, il est bien naturel que le régime démocratique soit investi d’une valeur indépassable du politique. Pourtant si l’on prend la peine de sortir de cette anthropologie moderne qui nous modèle tous et qui devient malheureusement une seconde nature aveuglante et peccamineuse, nous voyons bien que l’homme éclairé par Dieu n’a pas besoin d’un choix. Je dirais même que la démocratie est le propre d’une humanité pécheresse qui a perdu la cognitio intuitiva de Dieu et qui est plongée dans la sphère de l’errance, de l’incertitude qui se particularise nécessairement dans un choix. La démocratie est bien le reflet d’une société éclatée dans l’approximation du vrai. L’expression de la volonté générale exprimée par Rousseau porte en elle ce deuil du vrai et du juste pour n’en être qu’une approximation négative en somme mais nécessaire. Si la démocratie est le meilleur des régimes possibles, ce n’est pas parce qu’il permet d’exprimer un quelconque vérité même temporelle et transitoire mais par ce qu’elle correspond au mieux à cette imperfection ontologique à la fois de l’élu et de l’électeur, qu’elle donne à l’électeur la possibilité de corriger ou d’éclairer ses choix et qu’elle donne obligation à l’élu d’être digne de sa réélection, ce qui peut favoriser l’examen de conscience politique si tant est que la demande de l’électeur soit motivée par la recherche de la vertu. Le bien commun et la démocratie me semble être liés car la démocratie soumet l’ordre politique à une temporalité permettant aux sociétés d’approcher la justice et la vertu.

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