Affaires extérieures

Occident et Islam : le clash de deux civilisations

La chute du mur de Berlin en novembre 1989, la libéralisation des pays de l’Europe de l’est de 1990 à 2004 date de leur intégration dans l’Union européenne ont mis fin à cette bipolarité. L’idéologie de la fin de l’histoire sous l’égide du libéralisme (Francis Fukuyama), le nihilisme consumériste, l’impérialisme soft par la mondialisation des échanges sous l’égide des États-Unis (OMC, ORD) ont créé un vide spirituel et civilisationnel que les pays islamiques ont souhaité combler.

L’attaque du 11 septembre 2001 contre les Etats-Unis est l’amorce d’une contestation de l’Empire américain et plus globalement d’une conquête ou reconquête de l’Occident et de l’Orient par les pays islamiques. Je dis aussi de l’Orient car un signal faible avait été envoyé par les talibans qui ont détruit en mars 2001 en plein cœur de l’Afghanistan les Bouddhas de Bâmiyân décrétés idolâtres par le mollah Omar. Le symbole était très clair de ce point de vue. La réponse de George W. Bush en 2003, aussi catastrophique fût-elle quant à l’équilibre des sociétés moyen-orientales, doit être lue comme une réponse volontariste à cette agression civilisationnelle. La première intervention de Georges Bush a eu lieu en Afghanistan et au Waziristân (Pakistan) dès 2001 et a mis fin au gouvernement des Talibans qui protégeaient de nombreux dirigeants d’Al-Qaida et abritait des camps d’entraînement pour le Jihad. Le bombardement des Talibans s’inscrivait dans cette problématique soulevée par Huntington dans The Clash of civilizations (1996) destinée à protéger le « Monde libre » des agressions extérieures dont le choc était encore vif. L’inflexion de cette politique de protection a connu une inflexion en 2002 avec le courant néo-conservateur américain sous l’égide de Karl Rove qui s’est affirmé à travers la politique du Grand Moyen-Orient. D’une politique de défense, les Etats-Unis sont passés à une politique offensive destinée à déstabiliser les régimes en place pour offrir des structures démocratiques aux pays du Moyen-Orient. Ce, afin de stabiliser leurs économies et fiabiliser les échanges commerciaux. Si la diplomatie pétrolière n’est pas seule en cause dans les choix des néo-conservateurs américains, il est évident que cette politique du Grand Moyen-Orient a été conçue pour étendre la globalisation libérale et éviter de la soumettre à des chefs d’Etat pas forcément plus tyranniques que nos alliés arabes mais plus imprévisibles ou capricieux en termes d’alliances diplomatiques et commerciales. A partir 2004, s’est ouvert les cycles des « printemps démocratiques » qui a commencé par les ex-pays de l’U.R.S.S en 2004 et 2008 pour s’étendre aux pays arabes à partir de décembre 2010 en Algérie où les mouvements ont été avortés mais surtout en Tunisie, en Egypte et en Libye. La confusion entre moralisation de la vie publique et démocratisation a été patente dans ces mouvements totalement contreproductifs puisqu’ils se sont portés exclusivement sur des régimes arabes laïcs  avec une politique autoritaire qui structurait souvent le pouvoir autour des appartenances tribales et non religieuses. La disparition de ces régimes a fait voler en éclat cette superstructure clanique qui inhibait les prétentions islamistes des Frères musulmans en Libye et en Egypte notamment. L’éviction de Zine El Abidine Ben Ali, Hosni Moubarak et Mouammar Khadafi ont très rapidement conduit à une islamisation anarchique de ces sociétés. Cette ligne de fracture Occident / Islam qui recoupe une fracture plus large entre Dar-el-Harb et Dar-al-Islam est visible entre Israël et les territoires palestiniens, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord, au Sahel, au Nigéria, au Soudan (scission entre Soudan du Nord et Soudan du Sud), entre la fédération de Russie et les républiques caucasiennes, dans certains pays d’Asie du sud-est comme la Thaïlande et les Philippines, et dans une moindre mesure dans le sud-est de la Chine. Ce tour d’horizon rapide montre que toutes les régions du monde sont concernées par cette bipartition qui engendre des tensions entre les populations mais aussi entre les Etats. L’élection de Donald Trump en novembre 2016 a ouvert une ère nouvelle de coopération entre les Etats-Unis et la Russie dans la politique Syrienne. L’alliance nouvelle a engendré une politique cohérente de lutte contre l’Etat Islamique et toutes les forces dites « rebelles » au régime de Bachar El Assad. Cette politique a paru mettre un frein définitif à la fracture issue de la guerre froide toujours renouvelée entre Barack Obama et Vladimir Poutine. S’est créé ainsi un arc diplomatique regroupant les Etats-Unis, la Russie, la Chine, les régimes autoritaires arabes anti-islamistes face aux pays de l’Union européenne aux opinions progressistes de tous les pays occidentaux (médias etc…) et les pays arabes protecteurs des groupes terroristes faisant apparaître clairement la fracture entre les pays résistant à l’Islam et ceux qui s’y soumettent. L’intervention de Donald Trump en Syrie est venue malencontreusement bouleverser ce nouvel équilibre qui aurait pu considérablement affaiblir la coalition de l’oumma. Un vieil atavisme néo-conservateur a conduit le président des Etats-Unis à porter crédit à l’utilisation unilatérale d’armes chimiques par le régime syrien. Cette intervention a occasionné un refroidissement diplomatique entre les Etats-Unis et la Russie et a ramené une scission diplomatique qui ne représente plus rien aujourd’hui.

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