Politique institutionnelle

La monarchie, une légitimité oubliée ?

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La monarchie a une légitimité oubliée mais pourtant bien ancrée dans la culture politique et l’inconscient collectif de notre Nation. L’Ancien régime s’est achevé par un régicide le 21 janvier 1793 dont les Français n’ont pas véritablement fait le deuil. Il demeure une forme de culpabilité historique bien enfouie mais toujours vivace que la catastrophe de la Terreur qui a suivi n’a fait que justifier. Le président de la République récemment élu Emmanuel Macron n’a-t-il pas lui-même déclaré dans une émission radiophonique le 8 juillet 2015 :

« Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au coeur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu. »

La figure du Roi donnait en effet une sacralité au politique et établissait un lien certes ténu mais réel entre l’ordre providentiel et l’ordre de la cité, ou du moins entre le sacré et le profane. Une civilisation ne peut vivre sans le sens du sacré et la fin de la monarchie à certains égards a conduit à une désacralisation du politique qui ne correspond plus à l’imaginaire politique français.

La fonction présidentielle n’a cessé de se désacraliser durant les 8 mandats de la Vème République. Le général de Gaulle dont parle E. Macron est le dernier président à avoir incarné la dimension guerrière du Roi. Le hasard du nom porté par le général qui parachevait l’identification du « roi » et de la France, l’origine nobiliaire, le jeu permanent entre la tenue militaire d’apparat et le costume, tout ancrait le général de Gaulle dans la tradition militaire de la monarchie française. Le rôle historique du général de Gaulle est complexe car s’il a représenté une forme de réminiscence du monarque par sa pratique du pouvoir et par une Vème république qui instaure une « monarchie républicaine », il a définitivement mis un terme à l’imaginaire impérial français. En parachevant le processus de décolonisation à la fin des années 50 et au début des années 60, il mit fin à l’esprit de conquête territoriale et civilisationnelle et à l’Union française. Ce processus entamé par le général de Gaulle et Georges Pompidou va s’accentuer avec Valéry Giscard d’Estaing qui souhaite en 1974, six ans après les événements de mai 68, moderniser la pratique et la fonction présidentielle. La photographie officielle tranche singulièrement avec celle de Georges Pompidou. L’empereur lettré (imperator litteris) encadré par les livres et le poids de l’histoire laisse place à un buste légèrement oblique souhaitant progressivement dévier la France du sillon de son histoire gaullienne pour la porter vers la modernité.  Son européisme, son culte de la modernité influencé par la figure mythique de Kennedy,  son souci de refléter une société post-68, conduisent à démonarchiser la fonction présidentielle. La mise en scène de la proximité populaire, trop visible, la désolennisation de la pratique du pouvoir, l’entrée de la communication dans la sphère politique, l’esprit gestionnaire a amorcé une horizontalisation de la figure présidentielle. François Mitterrand a réintroduit le souffle de l’histoire et des lettres dans la fonction présidentielle. Profondément conservateur et monarchique dans sa distance intérieure, sa pratique du pouvoir, il a porté la fonction présidentielle à son paroxysme monarchique lors du début de son deuxième mandat avec l’inauguration de l’opéra Bastille et la célébration du bicentenaire de la révolution. Dans une sorte d’ironie historique, ce 14 juillet a marqué par son gigantisme le retour aux grandes fêtes dans l’esprit versaillais. Mais cette profonde imprégnation monarchique s’est accompagnée d’une autodestruction du monarque par lui-même. En faisant voter le traité de Maastricht, en orchestrant une politique migratoire accommodante, en répondant aux sollicitations sociétales de minorités agissantes et influentes, François Mitterrand souvent malgré lui d’ailleurs, a brûlé dans une folie néronienne l’indépendance de la France. Il en a incarné avec charisme la grandeur pour mieux la défaire.  Le régicide a été pratiqué par le roi lui-même sur fond de mondialisation.  « En fait, je suis le dernier des grands Présidents… » souffle-t-il à G.-M. Benamou le lendemain du débat J. Chirac-L. Jospin en mai 1995. Le mandat de Jacques Chirac a confirmé la fin de la geste monarchique française. Cultivant, l’esprit de repentance dès le début de son mandat, il a contribué à laisser se diffuser dans la société une culpabilité et une haine de la France qui ont affaibli la fierté d’être français. Antithétique d’un monarque entretenant le culte de la Nation, très influencé par la maçonnerie et le radicalisme de gauche, Jacques Chirac est resté dans sa posture un monarque débonnaire et sympathique, mais rien de plus. Nicolas Sarkozy a fait une campagne d’essence monarchique : volontarisme, énergie, resémantisation du réel en nommant les choses par leur nom, retour à la fierté de la culture française. Avec un charisme indéniable, il a réussi à se poser comme un défenseur de l’unité nationale. La pratique du pouvoir a été en regrettable décalage avec les lignes directrices de sa campagne. Le culte du mouvement permanent dont le jogging a été une triste mise en scène, la primo-ministérialisation de sa pratique politique, le surgissement du cœur et de l’affectif dans sa vie privée et publique ont contribué à l’éloigner du modèle du roi. Ce deuil monarchique a été théorisé et assumé pleinement dans le concept de « normalité » promu par son successeur. François Hollande, dont ironiquement le nom l’éloigne de la problématique nationale, a considéré que la présidentialité était fondée sur la destruction du substrat monarchique. Cette destruction a été accomplie dans l’affaire calamiteuse Léonarda où le roi ne sait plus rendre la justice, va et vient dans des décisions contradictoires sous un chêne qui s’est transformé en roseau. Cette longue descente dans la destruction de la figure monarchique est non seulement contraire à l’esprit français et à ce que le peuple attend de son chef d’Etat mais explique l’engouement trompeur pour Emmanuel Macron qui a saisi dès son élection l’importance symbolique de la mise en scène monarchique à travers sa marche au Palais du Louvre. Cultivé, il connaît la geste monarchique et joue maladroitement parfois avec ces codes mais il est pris dans la contradiction irréconciliable entre l’incarnation de la grandeur de la France et la désincarnation mortifère d’une politique ubérisée, start-upisée qui voue un culte au progrès et au mouvement. Considérant que la société baroque est source d’inventivité et de richesse, conserver, pour lui, c’est tuer, ralentir, c’est mourir. Maîtrisé par le temps plus qu’il n’en est maître, il est à craindre que cette posture monarchique soit une voie d’entrée pour poser son pouvoir mais qu’il détruise précautionneusement tout cela dans sa pratique.

Les résurgences historiques de la monarchie en 1815, en 1824 et en 1830 montrent la difficulté des français à se défaire d’un régime qui était pourtant sur les principes condamné par les théories du contrat du XVIIème et XVIIIème siècle. La culture républicaine est elle-même imprégnée de ces réminiscences monarchiques. SI la IVème république, par son parlementarisme, s’est éloignée de la monarchie, la Vème république fait la synthèse entre la culture du contrat et la culture du monarque comme en attestent l’organisation des pouvoirs : le septennat inscrivait jusqu’à la loi constitutionnelle du 2 octobre 2000 le mandat du président dans un temps long assimilable au règne indéfini du monarque. Mais surtout, le Président peut révoquer à tout moment son Premier ministre et son irresponsabilité devant le Parlement est similaire à une monarchie parlementaire où le pouvoir du président est indépendant du Parlement qui garde une maîtrise indirecte sur le Premier ministre mais par sur le Président. La Vème République ne s’est pas défaite de pans entiers de la conception monarchique du pouvoir. Les articles relatifs aux régimes d’exception comme l’article 16, la pratique des ordonnances de l’article 38 ainsi que la pratique en extension des contrôles et rapports parlementaires qui s’assimilent  aux « remontrances » confirment la proximité entre la pratique monarchique du pouvoir et la pratique de la Vème république.

Deux possibilités s’offrent aujourd’hui à nous. Devant la crise politique majeure et la désaffection des français à l’égard du politique, le politique doit retrouver sa suprématie et la France doit être véritablement gouvernée.

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