Affaires extérieures

La Turquie, dékémalisation et impérialisme musulman

Les élections du 24 juin ont renforcé la mainmise de Recep Tayyip Erdogan sur la Turquie. Sa politique prend une double direction : la dékémalisation en interne, et l’impérialisme culturel en externe.

Depuis l’occidentalisation de la Turquie opérée par Mustapha Kemal qui a mis fin aux vélléités impérialistes de l’Islam par l’Empire Ottoman, la France a entretenu avec la Turquie des rapports bienveillants. Oubliant l’appartenance de la Turquie à la Triplice (Empire allemand, Empire Austro-hongrois et Empire Ottoman) ainsi que le génocide arménien, les occidentaux ont encouragé, à la faveur du kémalisme, le retour de la  Turquie dans le concert des Nations. Cette bienveillance s’est prolongée à partir des négociations sur l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne depuis 1963 et formellement depuis le 14 avril 1987, date de son dépôt de candidature. Cette candidature a fini par être acceptée le 3 octobre 2005 dans un enthousiasme qui ne transparaissait pas forcément dans la photographie officielle des chefs d’Etats et de gouvernements. A partir de ce moment-là, sur fond de rejet de Constitution le 29 mai 2005, le projet européen a été  définitivement enterré avec les faveurs de George W. Bush qui y voyait un affaiblissement inéluctable de l’Union européenne.

L’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan de 2003 à 2014 en tant que Premier ministre et à partir de 2014 en tant que Président de la république a marqué une inversion radicale accentuée par la présidentialisation du régime lors du référendum du 16 avril 2017. Le référendum constitutionnel du 16 avril 2017 consécutif  à la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016 visait en effet à supprimer le poste de Premier ministre, le Président devenant chef de l’exécutif et pouvant intervenir dans la nomination du Haut-conseil des juges et procureurs. Ce qui s’est joué-là est une représidentialisation du régime et une dékémalisation des institutions et de la société turque déjà largement entamée depuis près de 15 ans. Sous l’inspiration de son ancien ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, Erdogan a lancé une politique néo-ottomaniste, destinée à rompre avec le kémalisme qui a selon lui fait perdre à la Turquie son identité profonde. La Turquie a vocation à renouer avec une politique de voisinage pacifique avec les nations arabes, en particulier avec les sunnites, à reconstituer l’Empire ottoman historique et à rétablir l’unité culturelle altaïque qui va de la Turquie à la Russie en passant par la Caucase, le Kazakhstan, l’extrême ouest de la Chine. La naïveté de notre diplomatie à l’égard de la Turquie est coupable car l’histoire nous a enseigné maintes fois que l’irrédentisme turc est vivace et que leur tropisme européen n’est qu’artificiel et tient au kémalisme qui représente une courte période historique de la Turquie sans rapport avec la réalité culturelle, linguistique, géographique et géopolitique de ce pays.

Les élections du 24 juin 2018 ne font qu’accentuer les voies empruntées par Erdogan depuis 4 ans.

La préoccupation essentielle du régime turc est d’abord la préservation de l’intégrité territoriale d’où sa politique anti-kurde en particulier en Syrie pour éviter la possibilité de la reconstitution d’un Kurdistan à cheval sur la Turquie, la Syrie et l’Irak. A ce titre, les forces de la coalition menées par l’OTAN, missionnées pour protéger les kurdes,  se sont retrouvées en avril 2018 face à face avec l’armée turque, elle aussi relevant de l’OTAN. Force est de constater que la Turquie est aujourd’hui un « allié » peu fiable dans ce cadre. Sa présence, justifiée par la culture kémaliste qui imprégnait le pays, tenait à la stratégie d’éclatement du monde musulman. Aujourd’hui, cette stratégie s’est retournée contre l’Occident. L’OTAN est tenu par son article 5 à une solidarité qui permet à la Turquie de prendre des positionnements antagonistes aux intérêts de l’Occident.

L’élection triomphale d’Erdogan consacre ensuite un impérialisme culturel et politique.  Erdogan a encouragé les mouvements de migration vers l’Europe. Il utilise expressement l’immigration comme une arme pour étendre l’influence politique de l’islam en cherchant à créer en Europe des déséquilibres démographiques, culturels et politiques. S’il demande à ses émigrés de ne pas s’intégrer, c’est bien pour créer dans les sociétés occidentales, notamment en Allemagne et en France, des contre-sociétés qui sont des figures de proue de l’islam et qui constituent un glacis stratégique très important pour le sultan.

Cette approche conquérante est renforcée par l’élection du 25 juin et force est de constater que les manifestations en France et en Allemagne de sa victoire portent le signe d’un conflit potentiellement fort entre l’Islam et l’Europe.

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