Chroniques, Politique économique

Les pistes de réflexions politiques possibles après la crise du coronavirus

de-chirico-la-tour-rougeLa pandémie de coronavirus marque une rupture historique évidente. Révélatrice de la nocivité de la mondialisation, la phrase sans appel d’Arnaud Montebourg « la mondialisation est terminée » acte le début de la fin d’un cycle. Le diagnostic n’est pas encore partagé, mais le réel vient imposer sa terrible loi : l’histoire est d’abord tragique, le progressisme est une impasse, la frontière immunise, le vivre-ensemble est un conte pour enfants seriné depuis quelques années à une population devenue de plus en plus sceptique.

Quelles leçons provisoires tirer de cette pandémie ?

Nous devons passer du mythe à l’histoire. Le mythe, c’est la fraternité universelle unie par le doux commerce, la disparition pacificatrice des frontières, la France-monde cosmopolite réceptacle, comme de nombreux pays européens aujourd’hui, d’un homme nouveau, métissé, pluriculturel c’est-à-dire aculturel et déculturé, c’est le récit international qui vient se substituer au roman national.

La France s’est livrée à tous les vents, des vents souvent contraires et délétères pour son indépendance et sa prospérité économique. La CEE puis le Traité de Lisbonne, le gouvernement des juges ont favorisé un discrédit des frontières que les événements actuels viennent contredire. Nous allons devoir couper les fils qui nous tiennent comme des marionnettes. La question n’est pas tant de savoir qui est le marionnettiste – même s’il est maintenant assez clairement identifié… – mais de se doter des armes juridiques, institutionnelles pour se couper de ses influences. Le gouvernement des juges – nationaux et internationaux – est trop prégnant (Conseil d’État, Conseil constitutionnel, Cour de Justice de l’Union Européenne), souvent infiltré (cf. l’enquête de Grégor Puppinck sur la CJUE !). Un pays a un chef d’État qui seul décide. On voit qu’en temps de crise, c’est le chef d’État qui doit prendre les rênes. Nous devons retrouver cette autonomie d’action par un chef qui incarne une autorité véritable. Nous parvenons, semble-t-il, à la fin du cycle politique qui a commencé au XVIIIème siècle et dont 1789 a été le point de départ symbolique. Les institutions précitées ont contribué à une désincarnation de l’État, à une virtualisation désastreuse et incapacitante de la figure politique. Une réincarnation par la figure monarchique est une solution possible et même selon nous une priorité.

Il convient ensuite de sortir du régime altérocratique : les impôts des Français sont destinés à financer toutes ces lubies internationalistes, à travers des politiques sociales, des politiques de la ville, des politiques éducatives dispendieuses qui servent le mixage, la déculturation du peuple indigène. Une remise à plat des finances publiques s’impose en posant les questions suivantes : Qu’est-ce que le peuple français ? Qu’est-ce qui a vocation à être financé par l’impôt ? Quel résultat veut-on obtenir ?

C’est aussi le périmètre d’action de l’État qui est interrogé par cette crise. L’État se disperse dans des financement secondaires, futiles voire nuisibles (produits « culturels », associations, administration en doublon consécutive au « mille-feuille administratif ») et déserte les secteurs où les Français ont réellement besoin de l’État : la subsistance, la santé, l’éducation, la sécurité, la famille, les liens extérieurs (affaires étrangères) et intérieurs (lien social et prise en charge des personnes les plus faibles), la stratégie économique. Sans être un État minimal, c’est un État maximal dans ces périmètres et réduit au minimum dans le reste. Un recentrage est nécessaire et ce point devra faire l’objet d’un débat public lors des prochaines échéances électorales.

Sur le plan économique, des failles béantes sont apparues. La désindustrialisation de l’économie, la promotion de l’économie « mercurienne » orientée vers les services, l’information et la communication ont révélé une fausse intelligence économique et une stratégie hasardeuse. La non-disponibilité des masques, des tests, des places dans les hôpitaux, la sollicitation des masques à la Chine montre  une interdépendance trop forte à l’égard de l’extérieur. Une réindustrialisation stratégique, un protectionnisme raisonné pourraient nous permettre de reprendre la main, par l’arme du tarif douanier, sur les arbitrages nécessaires à la sauvegarde de notre balance commerciale, signe de prospérité et arme diplomatique indéniable.

Le confinement imposé à tous les Français à compter du 16 mars a montré l’importance de la cellule familiale. Les médias, les politiques s’inquiètent de l’éventuelle recrudescence des violences intra-familiales. On se rend ainsi compte que la cellule familiale est le point d’équilibre de l’ensemble de la société lorsque le bateau se met à tanguer. C’est le point d’ancrage par lequel tient l’ensemble de l’édifice. Plutôt que de financer des communautés souvent soutenues par un lobbying intense, sans doute la mise en place d’une politique de bien-être familial permettrait de renforcer ce noyau dur, aujourd’hui fragilisé, de la société.

Ce confinement a totalement modifié le rapport des Français au travail. Il y a d’abord eu une distinction presque administrative entre les métiers relevant de secteurs essentiels (agroalimentaires, énergie, transports, distribution alimentaire) et les autres. Cela a engendré une hiérarchisation intéressante et nouvelle des métiers selon leur utilité sociale. Et l’on s’est bien entendu rendu compte que leur grille salariale ou leur rémunération ne correspondait pas à cette utilité. Cela a permis de faire émerger aussi plus nettement les bullshit jobs, qui n’ont aucun utilité sociale ni utilité tout court mais qui correspondent aux nécessités du théâtre de la vie sociale. La société postmoderne a une addiction au travail qui est porteur d’un sens existentiel abusif (certains suicides sur les lieux de travail !) . Le confinement a détruit le couple travail – présence et la tradition du pointage  ancrée surtout dans la culture industrielle.  Le télétravail forcé a modularisé le temps de travail et défait le cadre strict des contraintes horaires, des déplacements et des interractions sociales. Les interractions sociales sont limitées dans le confinement et chacun de nous fait l’expérience d’une diète sociale qui n’a d’ailleurs pas que des inconvénients sur le plan social et psychologique. Nous réapprenons une forme de silence social– pas toujours domestique … – qui est nécessaire à l’équilibre d’une collectivité et que le monde liquide, postmoderne, addictif ne sait plus se ménager. Le bruit du travail, la photocopie, le téléphone, le papier, les machines, tout cela fait partie d’un quotidien addictif dont nous sommes – enfin pourrait-on dire – sevrés. Au sortir de la crise, il faudra retenir les leçons de cette expérience pour aménager autrement le travail, redéfinir les interactions sociales au sein des entreprises pour éviter l’hystérie collective du monde du travail avec ses dead line, ses urgences, son stress et ses risques nommés pudiquement « psycho-sociaux ».

Nous souhaitons ardemment que ces quelques pistes fassent l’objet d’un débat public le plus large possible, sans précipitation excessive. Une crise comme celle-ci, historique a bien des égards, vient réinterroger nos certitudes collectives. A nous de nous en saisir pour ne pas subir un destin dont le caractère tragique est de jour en jour plus patent.

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